La politique coloniale de la France
à l'époque révolutionnnaire (1ère partie)
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La politique Coloniale de la France à l'époque révolutionnnaire

1 - Notes sur le débat colonial en France à la veille de la Révolution
2 - L'évolution du statut des colonies sous la Révolution
3 - Bonaparte et les colonies
4 - Bonaparte veut rétablir l'ancien régime colonial
5 - Bonaparte et la question de l'esclavage

 

 

Le débat colonial est une réalité en France durant tout l'Ancien Régime, mais, au XVIIIème siècle, il prend une ampleur non négligeable. Au cœur de ce débat, l'utilité ou non d'avoir des colonies. Mais à l'époque du sucre-roi qui conditionne tant la vitalité économique des nations mercantilistes, la voix des adversaires de la colonisation ne pèse pas d'un poids bien lourd face à l'omniprésence et à la toute puissance du lobby colonial.

La controverse se fait jour sous la plume des philosophes des Lumières qui ont tous , ou presque, développé des thèses sur la question : de la " théorie des climats", avancée par Montesquieu pour justifier un esclavage que par ailleurs sa raison réprouve, aux "arpents de neige du Canada", évoqués par Voltaire pour cautionner le retour dans le giron français des isles à sucre préférées au Canada, ou encore avec les prises de position plus radicales d'un Diderot ou d'un Condorcet, l'on va de contradictions en contradictions chez ces hommes dont plusieurs ont investi des intérêts personnels dans les affaires coloniales.

A la veille de la Révolution le fossé se creuse entre partisans et adversaires, surtout sur les questions d'éthique, et notamment à propos de l'esclavage. Et si on en arrive à se regrouper en clubs de réflexion(Société des Amis des Noirs contre Club Massiac), c'est parce que les théories se radicalisent et que les projections dans l'avenir s'avèrent à la fois prophétiques et redoutables.

Finie l'époque où l'on pouvait se reconnaître dans les propos de l'intendant Dubuc :
"Des nègres et des vivres pour des nègres, voilà toute l'économie des colonies".

Dans ses Mémoires, le marquis d'Argenson n'écrit-il pas ?
"Les colonies coûtent cher et, je le demande, à quoi profitent-elles ? il faut perpétuellement inventer des expédients de tyrannie pour qu'elles restent dans la soumission, et par là, gêner leur commerce et leur subsistance... elles obéissent mal, se révoltent et finissent par se constituer en républiques indépendantes".

Désormais, il faut écouter Mirabeau :
"Le monde nouveau certainement secouera le joug de l'ancien... Mais dès qu'une colonie aura fait le saut, autant en feront les autres".

Mais il faut surtout lire l'abbé Raynal :
"Le nouvel hémisphère doit se détacher un jour de l'ancien. Ce grand déchirement est préparé en Amérique par l'accroissement de la population, des cultures, de l'industrie et des lumières. Tout s'achemine à cette scission et les progrès du mal dans l'ancien monde, et les progrès du bien dans l'autre..."

De toute évidence, ces réflexions sont inspirées par l'exemple des 13 colonies américaines en rupture avec leur métropole anglaise. Dès lors, ce syndrome nord-américain traumatise les consciences et pèse sur le sort des colonies. D'autant que les économistes s'en mêlent et, à l'image d'Adam Smith, désignent le mode de production esclavagiste comme un frein au développement de l'économie mondiale. Les cahiers de doléance rédigés en vue des Etats Généraux de 1789 traduisent en partie cette prise de conscience : 44 d'entre eux évoquent cette question de l'esclavage : 24 émanent du Tiers Etat, 14 du Clergé et 8 de la Noblesse. Un seul, rédigé par le Tiers Etat de Nantes, réclame protection pour la traite des noirs, 15 optent pour l'adoucissement de l'esclavage et 25 demandent carrément son abolition.

 

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