La politique coloniale de la France
à l'époque révolutionnnaire (5ème partie)
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La politique Coloniale de la France à l'époque révolutionnnaire

1 - Notes sur le débat colonial en France à la veille de la Révolution
2 - L'évolution du statut des colonies sous la Révolution
3 - Bonaparte et les colonies
4 - Bonaparte veut rétablir l'ancien régime colonial
5 - Bonaparte et la question de l'esclavage

 

Les différents écrits, arrêtés ou décisions pris par Bonaparte à son arrivée au pouvoir ne laissent planer le moindre doute sur ses intentions eu égard à la pratique de l'esclavage dans les colonies. Néanmoins, il hérite d'une situation complexe puisque le décret du 16 pluviose an 2 a conduit à l'abolition effective de l'esclavage à Saint Domingue, en Guadeloupe et en Guyane. Par contre, ni la Martinique et Tabago, tombées aux mains des Anglais, ni les Mascareignes (Bourbon et île de France) qui ont renvoyé le porteur du décret, n'ont connu de rupture dans cette pratique.

Aussi, dès le lendemain du 18 brumaire, il entreprend une large consultation sur la question. Ses deux ministres de la Marine et des colonies successifs, Forfait puis Decrès, ont pour mission de réunir autour d'eux des colons, des militaires et des fonctionnaires afin de recueillir leurs points de vue. Or, ce sont, pour la plupart, d'anciens cadres de l'Ancien Régime comme l'ex commis du Roi, Guillaume de Vaivre, le chevalier de Fleurieu, ancien président de la section Marine au Conseil d'Etat, de Lacoste, chef de division coloniale sous Louis XVI, de Baudry de Lozières qui créa jadis une troupe royaliste à Saint Domingue ou encore Barné Marbois, l'ancien déporté de Sinnamary, très écouté par Bonaparte.

A cet entourage immédiat, il faut ajouter les centaines de rapports qui se succèdent, venant soit des négociants des ports, soit des colons ou des administrateurs vivant dans les colonies. Parmi ces derniers, les rapports argumentés de Rochambeau, Jeannet-Oudin, et surtout Victor Hugues et Sonthonax (ces trois derniers ayant été acteurs de l'abolition en 1794 avant de devenir de chauds partisans du rétablissement de l'esclavage), semblent avoir contribué à balayer les hésitations de Bonaparte. Richepance, lui aussi, abonda en ce sens puisque, dans un mémoire sur l'utilisation des noirs dans l'armée, il termine en insistant sur la nécessité du travail servile et le danger de faire appel aux noirs :"ces hommes ne devraient jamais avoir le port d'armes dans nos rangs, ils finissent par apprendre à les manier et à s'en servir très adroitement ".

Mais peut-on passer sous silence ce rapport du Ministre Decrès, longuement étudié par Bonaparte, qui comportait le passage suivant ? "Loin de moi toutes ces idées prétendues libérales qui, pour étendre mes affections sur l'Univers, font appeler tous les malheurs sur ma patrie. Je suis trop Français pour être cosmopolite, et, de même que Sparte eut ses îlotes, je veux des esclaves dans nos colonies".

Les hésitations de Bonaparte se traduisent concrètement par des décisions contradictoires, puisque dans le même temps où il publie plusieurs proclamations donnant toutes les garanties aux noirs de Saint Domingue ou de Guadeloupe sur leur statut, la loi du 30 floréal(20 mai 1802), maintient l'esclavage dans toutes les colonies où il n'a pas été aboli. Cette situation ambiguë était de nature à semer le trouble et est l'une des causes essentielles du sang versé à partir de mai 1802 en Guadeloupe, puis à Saint Domingue.

Conforté par les premiers succès de Richepance à la Guadeloupe, et par la déportation de Toussaint Louverture, Bonaparte lève cette ambiguïté dès le 7 août 1802 dans une lettre à Decrès : " Il faut tout préparer au rétablissement de l'esclavage. Ce principe est non seulement celui de la métropole, mais encore celui de l'Angleterre et des autres puissances européennes. Un homme destiné à passer sa vie dans les colonies doit sentir que, si les noirs ont pu se maintenir dans les colonies contre les Anglais, ils tourneraient leur rage contre nous, égorgeraient les blancs, menaceraient sans cesse d'incendier nos propriétés et ne présenteraient aucune garantie au commerce qui n'offrirait plus de capitaux et resterait sans confiance .

 

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