Les swarès bèlè mettent en forme un univers musical complexe. Il ne s’agit pas d’un seul répertoire mais d’un groupe de musiques défini comme un ensemble organisé. Chacune de ces musiques développe des particularités musicales et chorégraphiques qui les distinguent les unes des autres et des points communs dans l’organisation musicale qui permettent de les regrouper et de les considérer comme un ensemble cohérent.
Le nom bèlè cache une réalité multiple qui est construite à partir d’un développement important du langage musical. Celui-ci s’exprime par une multiplicité des possibilités d’interprétation aussi bien au niveau rythmique, chorégraphique que vocal.
Les combinaisons sont nombreuses et permettent ainsi à chaque musicien d’exprimer un jeu unique. C’est ce qui compose la principale dynamique des swarès qui, même si elles suivent une organisation commune, sont en perpétuel mouvement.
L’importance de l’improvisation génère une constante transformation des swarès bèlè. L’interaction étroite des danseurs entre eux et des danseurs avec le tambouyé favorise le renouveau de la performance, et engendre une richesse des répertoires.
Cette dynamique permet ainsi aux musiciens et danseurs de s’exprimer à chaque fois de manière nouvelle. C’est ce qui constitue la spécificité de chaque swarè.

Chaque répertoire est constitué d’une ou plusieurs formules modèles au tambour, d’une formule fixe au tibwa, d’une chorégraphie particulière et d’un certain nombre de chants.
Pour l’ensemble des répertoires :
- Le jeu du tambour s’établit à partir de variations des formules modèles, qui se développent de manière improvisée en fonction des mouvements et des pas des danseurs.
- Le tibwa est construit sur le principe d’ostinato strict, à l’exception du répertoire gran bèlè dans lequel le joueur développe quelques variations, et représente l’unité de référence culturelle pour la mesure de temps.
- La chorégraphie s’organise à partir de variations des pas de base propres à chaque répertoire, sur lesquels le danseur évolue librement en fonction de son partenaire et de la performance du tambouyé.
- Le chant est exécuté sur une forme responsoriale et se compose d’une à quatre phrases mélodiques fixes et répétées en alternance, et d’un texte que le chanteur organise librement. Les chants se développent au niveau mélodique sur une organisation scalaire de type hexatonique, heptatonique ou pentatonique.

Chaque expression du bèlè s’établit à partir d’une structure fixe et d’une part improvisée qui se développe toujours de manière interactive.
Cette organisation accentue le côté vivant et spontané de la performance de chaque musicien et danseur, et contribue à rendre unique chaque swarè bèlè.
D’un point de vue plus général, nous avons constaté que les swarès bèlè constituent le vecteur principal de transmission de la musique bèlè.

Pour les gens qui pratiquent la musique bèlè aujourd’hui, les swarès sont au-delà du divertissement un symbole culturel auquel ils sont attachés. Nous avons vu que parallèlement à la tradition orale, se sont mises en place des structures qui enseignent aujourd’hui le bèlè. Cela entraîne une transformation de l’apprentissage et de profonds changements dans la transmission du savoir qui n’est alors plus véhiculée uniquement de manière orale.
Au niveau économique, la musique bèlè a évolué dans un contexte où la dimension commerciale n’existe pas ou très peu.
Actuellement, ceci tend à changer. Les associations ont créé des labels de production et proposent à la vente des enregistrements. Ceci permet aussi de promouvoir la musique bèlè au travers des passages en radios et de manifestations publiques.
Il me paraît important de souligner la mise en place d’un groupe de musique, le groupe Welto
extrait musical : "Bélia é", Welto, qui mélange des éléments musicaux appartenant à la culture bèlè avec des arrangements jazz.
Cela nous pousse à nous interroger sur le devenir de la musique car en même temps où est relancé ce qui tendait à devenir méconnu, des musiciens issus de la culture bèlè, comme le groupe Welto, diversifient les traits musicaux qui rentrent dans le cadre d’éléments issus du passé et retiennent des influences d’autres genres musicaux afin de créer des styles hybrides.

La volonté de revaloriser et de diffuser la musique bèlè pour un plus grand nombre n’est-elle pas finalement un danger dans la mesure où le paramètre commercial, plus qu’un moyen de diffusion, pousse les musiciens à calquer la musique en fonction de la demande du public ?
On peut remarquer que cette tendance est contrebalancée par l’un des piliers de la tradition que représente la swarè bèlè et qui est une pratique encore bien ancrée dans la vie musicale de l’île. Parallèlement à ce dynamisme pour revaloriser la musique bèlè, d’autres genres ou répertoires musicaux ne profitent pas de ce mouvement. En effet, si l’on considère par exemple le répertoire lalink’lè, celui-ci est en plein déclin malgré son contexte de pratique que sont les swarès bèlè. Seules deux pièces qui ont la faveur du public sont exécutées aujourd’hui sur sept pièces que compte l’ensemble du répertoire.
D’autres répertoires de campagne et particulièrement les musiques de travail sont devenues beaucoup plus rares ou ont complètement disparu.

De nombreux genres musicaux en Martinique sont encore présents dans la vie musicale de l’île mais sont en fait des survivances (lalink’lè, lancier, haute taille…) ou ont totalement disparu (lasotè, mazonn…) Ce constat nous montre que la phase de préservation des musiques de campagne n’est pas encore accomplie mais aussi que les musiques qui n’ont pas bénéficié du soutien de structures associatives sont en déperdition.
Et finalement, n’est-il pas inhérent à l’évolution musicale que certains genres musicaux disparaissent et que d’autres se transforment pour créer de nouvelles expressions musicales ?

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