Chaque répertoire est constitué d’une
ou plusieurs formules modèles au tambour, d’une formule
fixe au tibwa, d’une chorégraphie particulière
et d’un certain nombre de chants.
Pour l’ensemble des répertoires :
- Le jeu du tambour s’établit à partir de variations
des formules modèles, qui se développent de manière
improvisée en fonction des mouvements et des pas des danseurs.
- Le tibwa est construit sur le principe d’ostinato
strict, à l’exception du répertoire gran bèlè
dans lequel le joueur développe quelques variations, et représente
l’unité de référence culturelle pour
la mesure de temps.
- La chorégraphie s’organise à partir de variations
des pas de base propres à chaque répertoire, sur lesquels
le danseur évolue librement en fonction de son partenaire
et de la performance du tambouyé.
- Le chant est exécuté sur une forme responsoriale
et se compose d’une à quatre phrases mélodiques
fixes et répétées en alternance, et d’un
texte que le chanteur organise librement. Les chants se développent
au niveau mélodique sur une organisation scalaire de type
hexatonique, heptatonique ou pentatonique.
Chaque expression du bèlè
s’établit à partir d’une structure fixe
et d’une part improvisée qui se développe toujours
de manière interactive.
Cette organisation accentue le côté vivant et spontané
de la performance de chaque musicien et danseur, et contribue à
rendre unique chaque swarè bèlè.
D’un point de vue plus général, nous avons constaté
que les swarès bèlè constituent le
vecteur principal de transmission de la musique bèlè.
Pour les gens qui pratiquent la musique bèlè
aujourd’hui, les swarès sont au-delà
du divertissement un symbole culturel auquel ils sont attachés.
Nous avons vu que parallèlement à la tradition orale,
se sont mises en place des structures qui enseignent aujourd’hui
le bèlè. Cela entraîne une transformation de
l’apprentissage et de profonds changements dans la transmission
du savoir qui n’est alors plus véhiculée uniquement
de manière orale.
Au niveau économique, la musique bèlè a évolué
dans un contexte où la dimension commerciale n’existe
pas ou très peu.
Actuellement, ceci tend à changer. Les associations ont créé
des labels de production et proposent à la vente des enregistrements.
Ceci permet aussi de promouvoir la musique bèlè au
travers des passages en radios et de manifestations publiques.
Il me paraît important de souligner la mise en place d’un
groupe de musique, le groupe Welto
,
qui mélange des éléments musicaux appartenant
à la culture bèlè avec des arrangements jazz.
Cela nous pousse à nous interroger sur le devenir de la musique
car en même temps où est relancé ce qui tendait
à devenir méconnu, des musiciens issus de la culture
bèlè, comme le groupe Welto, diversifient les traits
musicaux qui rentrent dans le cadre d’éléments
issus du passé et retiennent des influences d’autres
genres musicaux afin de créer des styles hybrides.
La volonté de revaloriser et de diffuser
la musique bèlè pour un plus grand nombre
n’est-elle pas finalement un danger dans la mesure où
le paramètre commercial, plus qu’un moyen de diffusion,
pousse les musiciens à calquer la musique en fonction de
la demande du public ?
On peut remarquer que cette tendance est contrebalancée par
l’un des piliers de la tradition que représente la
swarè bèlè et qui est une pratique
encore bien ancrée dans la vie musicale de l’île.
Parallèlement à ce dynamisme pour revaloriser la musique
bèlè, d’autres genres ou répertoires
musicaux ne profitent pas de ce mouvement. En effet, si l’on
considère par exemple le répertoire lalink’lè,
celui-ci est en plein déclin malgré son contexte de
pratique que sont les swarès bèlè.
Seules deux pièces qui ont la faveur du public sont exécutées
aujourd’hui sur sept pièces que compte l’ensemble
du répertoire.
D’autres répertoires de campagne et particulièrement
les musiques de travail sont devenues beaucoup plus rares ou ont
complètement disparu.