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Le
tibwa
Il
fait partie de la catégorie des idiophones frappés.
En Martinique les idiophones sont
rarement joués seuls, la majorité ont une vocation
rythmique et servent de soutien et de référent pour
les autres expressions.
Les
rythmes exécutés sont fixes, c’est à
dire constitués d’une formule cyclique répétée
inlassablement.
C’est le cas du tibwa qui est un
instrument constitué de deux baguettes de bois très
résistantes d’une longueur d’environ 40 centimètres
sur 1,5 centimètres de diamètre. Le joueur appelé
bwatè est accroupi ou assis à l’arrière
du tambour et frappe ses deux baguettes sur le «ventre»
du tambour.
Il base son jeu sur une formule cyclique récurrente
qui sert de repère temporel pour la danse, le chant et le
tambour. 
Pour sa fabrication on utilise différentes
sortes de bois mais particulièrement du bois dur et sonore
provenant d’arbres fruitiers comme le goyavier, le mondon
ou le tibombe. Quant à sa facture il n’existe pas à
proprement parler de facteur de tibwa, chaque musicien fabrique
sa propre paire de tibwa.
La technique de jeu
Il existe deux façons de jouer du tibwa.
Tout d’abord, on peut frapper les deux baguettes sur un tube
en bambou surélevé par deux pieds. Cette technique
n’est jamais utilisée pour les répertoires bèlè
Nord atlantique mais plutôt pour la musique du Nord caraïbe
liée au travail ou la musique de bal. On peut aussi frapper
les deux baguettes sur l’arrière du tambour, ce qui
est l’usage pour l’ensemble des répertoires joués
dans les swarés bèlè.
Le bwatè obtient deux hauteurs de
sons, l’une aigu et l’autre plus grave. Le son aigu
est joué par la main droite et l’autre par la main
gauche. Pour obtenir ces deux hauteurs, le bwatè
frappe son bâton droit vers l’intérieur du tambour
et le gauche vers l’extérieur.
Le jeu de la main droite est plus puissant et la formule rythmique
qu’elle exécute se retrouve aussi dans d’autres
musiques comme le zouk et la biguine.
On différencie un bon joueur d’un autre selon le son
qu’il produit : il doit être sec et clair.
Le tambour bèlè
Le
tambour bèlè est un membranophone à
une peau de forme conique. Il mesure environ
70 à 80 centimètres de hauteur, part d’une base
ouverte d’environ 20 cm avec au deux tiers le «ventre»
d’un diamètre d’environ 40 cm pour finir sur
une membrane de 30 cm de diamètre.
La
peau utilisée pour la membrane provient d’un cabri
ou d’un mouton. On utilise un système de clefs pour
tendre la peau et par la même régler la hauteur des
sons.
Les lattes de bois utilisées sont retenues
par trois cercles de fer répartis sur la hauteur du tambour.
L’instrument est fabriqué avec des lattes de chêne
provenant de tonneaux dans lesquels le rhum est vieilli.
Environ 18 lattes sont utilisées pour construire le tronc
du tambour. Après les avoir prélevées sur le
fût, les lattes sont passées au feu puis raclées
pour leur donner la forme et l’épaisseur adéquate.
Fabrication d’un tambour bèlè
Actuellement, il ne reste plus que deux facteurs
de tambour bèlè dont le plus renommé
est Monsieur Laporte. Cette activité occupe prés de
la moitié de ses journées car les commandes sont nombreuses.
La fabrication de cet instrument était dans le passé
une activité non lucrative et plus développée
qui a évoluée vers une activité professionnelle.
Pour Monsieur Laporte, son savoir-faire s’est transmis dans
une tradition familiale. La raréfaction des facteurs spécialisés
dans la fabrication de tambour bèlè lui permet aujourd’hui
d’en faire sa principale activité.
La technique de jeu
La technique de jeu du tambour bèlè
est assez complexe et nécessite de la part du tambouyé
la synchronisation et l’indépendance de trois de ses
membres : les deux
mains et le pied droit dont on utilise exclusivement le talon. La
main droite accomplit les rythmes de base propres à chaque
répertoire.
Ces rythmes de base sont variés en fonction des mouvements
des danseurs, de la virtuosité et de la sensibilité
du joueur de tambour. La main gauche assure un jeu régulier
: elle dédouble les rythmes de la main droite, elle joue
alors en «éventail». Le talon du pied droit se
porte sur la membrane à la hauteur désirée
suivant le timbre que le tambouyé souhaite obtenir ; il joue
alors «noté».
En variant la puissance de sa frappe ainsi que l’endroit
percuté de la membrane, le tambouyé dispose d’une
large palette sonore.

Plus il frappe vers l’intérieur, plus le son est sourd
et puissant. A l’inverse plus il frappe en se rapprochant
vers le bord de la membrane, plus le son devient aigu et moins puissant.
Pour gagner en puissance et en clarté, bien souvent le tambouyé
adopte une position médiane.
L’intervention du talon sur la membrane se fait le plus souvent
lorsque le musicien joue dans le registre aigu. Le contact du talon
avec la peau permet au joueur d’intercepter les vibrations
et de produire ainsi des effets sonores tels que des glissandos.
Pour les musiciens le répertoire bèlè
se joue à partir de cinq sons caractéristiques. Or
comme nous allons le voir, ce ne sont pas cinq sons mais plutôt
cinq frappes différentes que les musiciens distinguent. En
effet on ne peut restreindre chaque frappe à un son car celui-ci
varie selon la force et l’endroit où est frappée
la membrane et en réalité le registre sonore est bien
plus large.
Ce sont donc cinq frappes codifiées par la tradition bèlè
que l’on peut répertorier.
| Description
des cinq frappes |
Nom
vernaculaire de chaque frappe |
| Main
gauche dédoublée sur le milieu de la membrane
|
Jeu
«en éventail» |
| Main
droite frappée vers le bas et à droite de la
membrane provoquant un son grave |
«bang»
ou «ba» * |
| Main
droite frappée vers le bord de la membrane entraînant
un son aigu |
«ting»ou
«tou» * |
| Intervention
du talon sur la membrane |
Jeu
«noté» |
| Frappe
puissante et sèche sur le milieu de la membrane |
«faire
tinter le tambour» |
| *Ces
onomatopées désignent les deux frappes jouées
par la main droite et distinguent le son grave (premières
onomatopées) du son aigu (secondes onomatopées). |
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