Le tibwa

 

Il fait partie de la catégorie des idiophones frappés. En Martinique les idiophones sont rarement joués seuls, la majorité ont une vocation rythmique et servent de soutien et de référent pour les autres expressions.

Les rythmes exécutés sont fixes, c’est à dire constitués d’une formule cyclique répétée inlassablement.

C’est le cas du tibwa qui est un instrument constitué de deux baguettes de bois très résistantes d’une longueur d’environ 40 centimètres sur 1,5 centimètres de diamètre. Le joueur appelé bwatè est accroupi ou assis à l’arrière du tambour et frappe ses deux baguettes sur le «ventre» du tambour.

Il base son jeu sur une formule cyclique récurrente qui sert de repère temporel pour la danse, le chant et le tambour. extrait musical : Etienne Jean-Baptiste (Tambour) & Casimir Jean-Baptiste (Tibwa)

Pour sa fabrication on utilise différentes sortes de bois mais particulièrement du bois dur et sonore provenant d’arbres fruitiers comme le goyavier, le mondon ou le tibombe. Quant à sa facture il n’existe pas à proprement parler de facteur de tibwa, chaque musicien fabrique sa propre paire de tibwa.

La technique de jeu

Il existe deux façons de jouer du tibwa. Tout d’abord, on peut frapper les deux baguettes sur un tube en bambou surélevé par deux pieds. Cette technique n’est jamais utilisée pour les répertoires bèlè Nord atlantique mais plutôt pour la musique du Nord caraïbe liée au travail ou la musique de bal. On peut aussi frapper les deux baguettes sur l’arrière du tambour, ce qui est l’usage pour l’ensemble des répertoires joués dans les swarés bèlè.

Le bwatè obtient deux hauteurs de sons, l’une aigu et l’autre plus grave. Le son aigu est joué par la main droite et l’autre par la main gauche. Pour obtenir ces deux hauteurs, le bwatè frappe son bâton droit vers l’intérieur du tambour et le gauche vers l’extérieur.
Le jeu de la main droite est plus puissant et la formule rythmique qu’elle exécute se retrouve aussi dans d’autres musiques comme le zouk et la biguine.
On différencie un bon joueur d’un autre selon le son qu’il produit : il doit être sec et clair.

Le tambour bèlè

Le tambour bèlè est un membranophone à une peau de forme conique. Il mesure environ 70 à 80 centimètres de hauteur, part d’une base ouverte d’environ 20 cm avec au deux tiers le «ventre» d’un diamètre d’environ 40 cm pour finir sur une membrane de 30 cm de diamètre.

La peau utilisée pour la membrane provient d’un cabri ou d’un mouton. On utilise un système de clefs pour tendre la peau et par la même régler la hauteur des sons.

Les lattes de bois utilisées sont retenues par trois cercles de fer répartis sur la hauteur du tambour.
L’instrument est fabriqué avec des lattes de chêne provenant de tonneaux dans lesquels le rhum est vieilli.
Environ 18 lattes sont utilisées pour construire le tronc du tambour. Après les avoir prélevées sur le fût, les lattes sont passées au feu puis raclées pour leur donner la forme et l’épaisseur adéquate.

Fabrication d’un tambour bèlè

Actuellement, il ne reste plus que deux facteurs de tambour bèlè dont le plus renommé est Monsieur Laporte. Cette activité occupe prés de la moitié de ses journées car les commandes sont nombreuses. La fabrication de cet instrument était dans le passé une activité non lucrative et plus développée qui a évoluée vers une activité professionnelle. Pour Monsieur Laporte, son savoir-faire s’est transmis dans une tradition familiale. La raréfaction des facteurs spécialisés dans la fabrication de tambour bèlè lui permet aujourd’hui d’en faire sa principale activité.

La technique de jeu

La technique de jeu du tambour bèlè est assez complexe et nécessite de la part du tambouyé la synchronisation et l’indépendance de trois de ses membres : les deux mains et le pied droit dont on utilise exclusivement le talon. La main droite accomplit les rythmes de base propres à chaque répertoire.
Ces rythmes de base sont variés en fonction des mouvements des danseurs, de la virtuosité et de la sensibilité du joueur de tambour. La main gauche assure un jeu régulier : elle dédouble les rythmes de la main droite, elle joue alors en «éventail». Le talon du pied droit se porte sur la membrane à la hauteur désirée suivant le timbre que le tambouyé souhaite obtenir ; il joue alors «noté».

En variant la puissance de sa frappe ainsi que l’endroit percuté de la membrane, le tambouyé dispose d’une large palette sonore.
extrait musical : Etienne Jean-Baptiste (Tambour) & Casimir Jean-Baptiste (Tibwa)
Plus il frappe vers l’intérieur, plus le son est sourd et puissant. A l’inverse plus il frappe en se rapprochant vers le bord de la membrane, plus le son devient aigu et moins puissant.
Pour gagner en puissance et en clarté, bien souvent le tambouyé adopte une position médiane.
L’intervention du talon sur la membrane se fait le plus souvent lorsque le musicien joue dans le registre aigu. Le contact du talon avec la peau permet au joueur d’intercepter les vibrations et de produire ainsi des effets sonores tels que des glissandos.

Pour les musiciens le répertoire bèlè se joue à partir de cinq sons caractéristiques. Or comme nous allons le voir, ce ne sont pas cinq sons mais plutôt cinq frappes différentes que les musiciens distinguent. En effet on ne peut restreindre chaque frappe à un son car celui-ci varie selon la force et l’endroit où est frappée la membrane et en réalité le registre sonore est bien plus large.
Ce sont donc cinq frappes codifiées par la tradition bèlè que l’on peut répertorier.

Description des cinq frappes
Nom vernaculaire de chaque frappe
Main gauche dédoublée sur le milieu de la membrane
Jeu «en éventail»
Main droite frappée vers le bas et à droite de la membrane provoquant un son grave
«bang» ou «ba» *
Main droite frappée vers le bord de la membrane entraînant un son aigu
«ting»ou «tou» *
Intervention du talon sur la membrane
Jeu «noté»
Frappe puissante et sèche sur le milieu de la membrane
«faire tinter le tambour»
*Ces onomatopées désignent les deux frappes jouées par la main droite et distinguent le son grave (premières onomatopées) du son aigu (secondes onomatopées).

 

précédent : Les Swarès bèlè < > suivant : Les Répertoires

 

 

Extraits sonores

Bibliographie

Discographie

Notes

Accueil LAMECA