La swarè
est définie par les musiciens comme étant tout d’abord
un lieu et un contexte de pratique de la musique bèlè.
Cet état de fait trouve son explication dans l’origine
d’exécution de ces trois genres qui n’ont été
rassemblés dans ce même contexte qu’à
partir des années 1960. En effet, dans la première
moitié du XXème siècle, seule la musique bèlè
était pratiquée lors de ces swarès
d’où le nom de «swarès bèlè».
Le damiè et le lalink’lè avaient
à l’origine d’autres contextes d’exécution,
cependant des éléments communs avec le bèlè
tel l’instrumentation ont favorisé leur intégration
dans les swarès.
Le damiè
était pratiqué lors de «swarès damiè»
dans lesquelles deux hommes combattaient réellement. Après
s’être préparés psychologiquement et physiquement,
les deux combattants s’affrontaient dans une lutte souvent
cruelle. Il arrivait que le damiè se finisse à
la mort d’un des deux exécutants (29).
Cette lutte
s’est transformée petit à petit en un art martial
dansé et le contexte dans lequel elle se pratiquait a suivi
cette évolution : les swarès damiè
ont disparu et ce répertoire a été intégré
notamment dans les swarè bèlè. Depuis
les années 1970, le damiè se pratique aussi
en dehors des swarès bèlè lors de
grandes manifestations comme le carnaval et les fêtes patronales.
L’extension
de cette pratique sur scène s’est opérée
d’après les musiciens depuis quelques années
dans le but de sensibiliser le public urbain aux répertoires
musicaux de campagnes et par la même d’élargir
sa connaissance à un plus grand nombre.
Le lalink’lé
signifie «la lune claire». Cette appellation réfère
directement au contexte dans lequel il se pratiquait initialement.
En effet, à la tombée de la nuit, danseurs et musiciens
se rassemblaient de façon spontanée dans un endroit
retiré afin d’exécuter ces danses. Cette pratique
a disparu dans les années 1950-60, et tout comme le répertoire
damiè, le répertoire lalink’lè
a intégré les swarès bèlè
qui sont aujourd’hui son unique contexte d’exécution.
Le bèlè
reste donc l’enjeu principal de ces swarès.
L’insertion du damiè et du lalink’lè
a été un des moyens de ne pas oublier ces autres répertoires
voués à disparaître à cette époque.
Ceci a d’ailleurs permis au damiè de conquérir
un grand nombre d’aficionados qui maintenant le pratiquent
aussi en dehors des swarès bèlè. Cependant,
le répertoire lalink’lè n’a pas
bénéficié d’un tel engouement et est
aujourd’hui en plein déclin malgré son intégration
au sein des swarès bèlè. En effet,
seules deux pièces qui ont la faveur du public sont exécutées
aujourd’hui sur sept pièces que compte l’ensemble
du répertoire.
Le temps d'une
swarè :
| |
Damiè |
Bèlè |
Lalink’lè |
| Temps
consacré à chaque genre |
Entre
20 et 30 minutes |
4
heures |
Environ
20 minutes |
| Type
de danse |
Danses
de combat
(
2 danseurs )
|
Danses en quadrilles
(8 danseurs ) |
Danses
collectives* |
| Instrumentation |
-
2 tambours en alternance
- 1 paire de tibwa
- 1 chanteur soliste
- répondeurs |
idem |
-
2 tambours à l’unisson
- 1 paire de tibwa
- 1 chanteur soliste
- répondeurs |
| Nombre
de pièces jouées |
4** |
50** |
2** |
| Ordre
d’exécution |
Marque
le début d’une swarè |
Corpus
principal |
Marque
la fin d’une swarè |
| Contexte
initial d’exécution |
Combat
de damiè |
Swarè
bèlè |
Rassemblement
au clair de lune (lalink’lè) |
*
nombre de danseurs illimité
** ces chiffres sont approximatifs car ils varient en fonction
de la swarè mais ils sont généralement
dans cet ordre de grandeur. |
Le damiè
Musicalement,
le damiè se caractérise par une formule fixe
au tibwa et des rythmes de base au tambour. Ce répertoire
se joue en ouverture de chaque swarè durant une vingtaine
de minutes. S’il existe environ quinze pièces de damiè,
généralement quatre sont exécutées dans
ce contexte.
& 
Le bèlè
Le bèlè
se subdivise en cinq répertoires qui sont : le bèlè
courante
,
le bèlè pitché
,
le bèlè douss
,
le bèlia
et le gran bèlè.
Au niveau musical, tous ont des formules rythmiques caractéristiques
au tibwa et au tambour. La danse se base sur une chorégraphie
commune qui est le quadrille mais dont la mise en forme est variable,
ce qui fait la spécificité de chaque répertoire.
Les musiciens consacrent une majorité de la swarè
bèlè, c’est à dire environ quatre
heures à jouer ces cinq répertoires.
Ils n’ont pas un ordre précis d’exécution,
mais une certaine alternance entre eux est respectée. Il
est rare par exemple, d’entendre deux bèlè
pitché à la suite.
Le
lalink’lè
Les musiciens
parlent de ce répertoire comme étant un ensemble de
«danses périphériques du bèlè».
Ceci s’explique par l’utilisation de la même instrumentation
que les répertoires bèlè et damiè,
et des mêmes principes de jeu : des rythmes caractéristiques
au tambour et une formule fixe au tibwa.
Le répertoire lalink’lè désigne
un ensemble de sept danses collectives : Mabelo
,
Ting bang
,
Roulé Mango, Kanigué, Vénezuel,
Karéssé
et kalenda.
Sur ces sept pièces, seules Mabelo et Ting bang
sont interprétées aujourd’hui dans les swarès.