| Organisation
Les swarès bèlè sont
des réunions nocturnes dans lesquelles se retrouvent quelques
centaines de personnes. La danse, la musique et le rhum participent
à leur réussite. Les swarès constituent avant
tout un lieu d’ancrage pour pratiquer la musique et l’occasion
pour les gens de se retrouver.
Ces swarès ont lieu régulièrement
le vendredi, le samedi ou le dimanche. Une ou deux swarès
bèlè rythment chaque semaine et il est rare que
plusieurs swarès soient organisées au même
moment dans l’île.
Pendant les quarante jours du carême le bèlè
ne se pratique pas. La danse et la musique sont suspendues pour
des raisons religieuses catholiques. C’est une période
considérée comme un temps de pénitence allant
du mercredi des Cendres au jour de Pâques. En dehors de cette
période les swarès bèlè sont
régulières.
Les swarès bèlè sont
organisées sur une place de marché couvert, dans un
restaurant, dans un foyer culturel ou dans un pitt. Le pitt est
l’endroit qui à la campagne est le plus apprécié
des musiciens et danseurs. En plus d’accueillir des swarès
bèlè, des combats de coqs y sont organisés
durant la journée. Le pitt est un espace couvert
constitué d’une scène centrale circulaire d’une
dizaine de mètres de diamètre entourée de gradins.
C’est
dans ces gradins que prend place le public qui dispose ainsi
d’une bonne visibilité. De part son architecture
et grâce aux matériaux employés pour sa
construction, tel le bois, le pitt présente
généralement une acoustique satisfaisante.
Toutes ces caractéristiques réunies font que l’atmosphère
y est conviviale et chaleureuse. Ainsi le pitt est
l’endroit le plus populaire à la campagne pour
organiser des swarès. |
Swarè
bèlè organisée dans le cadre d’une
fête patronale. |
Les organisateurs de ces swarès
sont de deux types : les associations et les « anciens ».
Dans ces deux cas de figure le déroulement de la swarè
est identique et on retrouve généralement les mêmes
acteurs et spectateurs.
Le bouche à oreille constitue le vecteur principal d’informations
sur les swarès à venir. En effet la publicité
est quasiment inexistante et les swarès n’ont
que peu de résonance médiatique. La presse locale
ne fait écho depuis quelques années que des festivals
ou des spectacles importants, ayant pendant longtemps nié
l’existence de la musique bèlè.
Tambouyé
en pleine action |
D’un
point de vue économique, les swarès bèlè
ne génèrent que peu d’argent. Tout au plus,
le profit d’une swarè est réinvestit
dans l’organisation de la swarè suivante.
Avant qu’apparaissent les mouvements associatifs, les
swarès étaient payantes de 20 à
30 francs. Ce droit d’entrée permettait aux organisateurs
de mettre à disposition du public des boissons et de
la nourriture et éventuellement de rémunérer
les musiciens. Ce sont les associations qui à partir
des années quatre-vingt ont instauré la gratuité
des swarès. Cependant chaque consommation est
désormais payante et tous les musiciens sont bénévoles.
Il reste tout de même quelques swarès payantes
lorsque, par exemple, un particulier organise «sa»
swarè bèlè . |
Déroulement
D’une manière générale
une swarè bèlè débute aux alentours
de 20 heures pour se terminer vers 2 heures du matin. Quelques centaines
de personnes assistent régulièrement aux swarès.
Il s’agit des musiciens et des danseurs accompagnés
de leurs familles et amis. Ils forment une communauté dans
laquelle tout le monde se connaît.
Les swarès bèlè constituent le point
de rencontre de ce groupe dans un contexte musical. Aujourd’hui,
toutes les classes d’âge sont réunies dans une
swarè bèlè : enfants, parents et grands-parents.
Chaque individu, qu’il soit spectateur, danseur ou musicien,
participe à son déroulement.
| Le
public encourage les danseurs de cris, d’exclamations
admiratives, et manifeste son enthousiasme par des applaudissements.
D’autres participants ajoutent simplement à l’ambiance
: ils chantent, parlent, frappent dans leurs mains. En plus
de son rôle interactif avec les danseurs, le public participe
aussi au mouvement et à l’excitation générale.
Ainsi une swarè bèlè est une scène
mêlant bruits, acclamations et mouvements. |
Vue
du tambouyé, du chœur, de la soliste et d’un
danseur. |
Les danseurs et musiciens ont un rôle primordial.
En effet, exposés au jugement public, ils doivent démontrer
leur savoir-faire. Les anciens musiciens et les habitués
n’ont plus à démontrer leur talent car leur
réputation est fixée depuis longtemps. Généralement
celle-ci se perpétue de manière familiale et leur
présence est perçue comme un honneur.
Ils ont alors le devoir de montrer l’exemple.
En revanche, les nouveaux musiciens et particulièrement les
musiciens issus du milieu urbain et associatif doivent faire leurs
preuves face aux anciens et au public. Les anciens ont généralement
un avis tranché et ce sont eux qui déterminent la
réputation d’un joueur, d’un chanteur ou d’un
danseur. Celle-ci se crée à partir d’une évaluation
esthétique de ses performances et de sa contribution à
la scène.
Aujourd’hui encore, l’opinion des anciens domine pour
reconnaître un bon musicien ou danseur, ce qui crée
bien souvent certaines tensions entre les anciens et les «nouveaux
musiciens». Les associations revendiquent le droit à
tous les musiciens plus ou moins confirmés au sein de leur
association de pouvoir jouer dans les swarès bèlè
au côté des anciens.
Au contraire et en continuité avec le passé, les anciens
désirent rester fidèles à la tradition en imposant
une grande connaissance des répertoires avant de jouer publiquement
dans les swarès bèlè, mettant en cause
un long apprentissage initiatique auquel ils sont attachés
et qu’ils revendiquent.
Il ressort ainsi une certaine notion de compétition
entre les musiciens et danseurs et si les organisateurs de la swarè
sont des anciens, par respect, personne ne s’aventure sur
le devant de la scène s’il ne maîtrise pas les
répertoires au risque de se faire expulser ou insulter publiquement.
En revanche, la différence flagrante des swarès organisées
par les associations est la participation de nombreux musiciens
et danseurs qui ne sont pas forcément confirmés.
Outre ces différenciations internes, les swarès bèlè
sont un véritable lieu d’apprentissage et de transmission
de la musique bèlè et c’est pourquoi de nombreux
musiciens en phase d’apprentissage doivent y assister pour
observer le déroulement musical.
En
résumé, la dynamique actuelle de ces swarès
bèlè montre bien que la tradition est encore
bien vivante et qu’elle ne cesse d’être en constante
évolution.
Il apparaît clairement que depuis la seconde guerre mondiale,
la tradition bèlè n’a pas connu de
changements radicaux mais des transformations inhérentes
au contexte socio-culturel auquel elle a été rattachée
inexorablement. Les swarès bèlè ont
évolué au niveau musical, structurel et idéologique.
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