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Conséquences
d'une introduction catastrophe sur la faune indigène
Disparition
des espèces endémiques d'oiseaux nichant au sol et
de reptiles
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| SYSTÉMATIQUE |
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| Le
nom mangouste s’applique aux 37 espèces recensées
de la famille les herpestidés (du grec "herpein"
signifiant ramper). Le nom scientifique Herpestes auropunctatus
signifie littéralement petite chose tachetée d’or
qui rampe.
Le genre Herpestes
compte 14 espèces (Herpestes auropunctatus, Herpestes
brachyurus, Herpestes edwardsii, Herpestes fuscus, Herpestes hosei,
Herpestes ichneumon, Herpestes javanicus, Herpestes naso, Herpestes
pulverulentus, Herpestes sanguineus, Herpestes semitorquatus, Herpestes
smithi, Herpestes urva, Herpestes vitticalis) et 5 sous espèce
reconnues (Herpestes auropunctatus auropunctatus, Herpestes
auropunctatus birmanicus, Herpestes auropunctatus pallipes, Herpestes
auropunctatus rubrifrons, Herpestes auropunctatus siamensis).
Herpestes
auropunctatus est la plus petite espèce du genre.
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| DISTRIBUTION
GÉOGRAPHIQUE |
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Herpestes auropunctatus est originaire du Nord du Moyen
Orient, de l’Inde et d’une partie du continent asiatique.
On la retrouve :
en Arabie Saoudite, en Iran, en Irak, en Afghanistan, au Pakistan,
en Inde, au Népal, au Bangladesh, en Birmanie, en Thaïlande,
en Malaisie, au Laos, au Vietnam, au Sud de la Chine.
Elle
a cependant été introduite dans plusieurs autres pays
:
-
Antigua et la Barbade en 1877
- Les îles Beef et Buck en 1970
- Cuba en 1866
- Les Iles Fiji en 1883
- La Guyane française et la Grenade en 1882
- La Guadeloupe, au Guyana et à hawaii en 1883
- à Hispaniola (République Dominicaine et Haïti)
en 1895
- à la Jamaïque en 1872
- à la Désirade, en Tanzanie, à Marie Galante,
en Martinique et à Maui (Hawaii) en 1883
- à Molokai en 1883
- à Nevis, Oahu, et à Puerto Rico en 1887
- à Ste Croix en 1884
- à St John et St Kitts en 1884
- à Ste Lucie et St Martin en 1888
- à St Thomas, St Vincent et au Surinam en 1900
- à Tortola et à Trinidad en 1870
- à Vieques (Puerto Rico) et aux Iles Water en 1983
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| MORPHOLOGIE |
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La petite mangouste indienne se caractérise par :
- un corps
fuselé monté sur 4 courtes pattes
- une tête s’allongeant en un museau pointu
- une queue remarquablement musculeuse à la base qui s’affine
vers l’extrémité
- de courtes oreilles pointues
- des pattes à 5 doigts aux griffes non rétractables
- un pelage hirsute
- la formule dentaire suivante : i 3/3, c 1/1, p 4/4, m 2/2 (2/3)
; soit au total 40 à 42 dents
- un dimorphisme sexuel très net :
o les males sont plus grands et plus robustes que les femelles :
59.1 cm en moyenne (54.4-67.1 cm) contre 540 en moyenne pour les
femelles (50.9-57.8 cm)
o Des différences sont également notables au niveau
de la taille de la tête
o Les males pèsent en moyenne 650 g contre 430 g pour la
femelle
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| REPRODUCTION |
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Le cycle menstruel de la femelle est d’environ 3 semaines quand
celle-ci n’est pas pleine. Les chaleurs durent 3 à 4
jours.
Le male comme
la femelle sont polygames.
La reproduction
a lieu plutôt pendant le Carême. Les mâles se
livrent des combats acharnés pour défendre leur territoire.
La femelle donne naissance après une période de 49
à 65 jours en moyenne, à 4 à 5 petits au sein
d’un nid aménagé dans un tronc creux. Ceux-ci
naissent nu et les yeux clos ; leur croissance étant relativement
rapide, ils sont tout à fait capables de suivre leur mère
à la chasse 6 semaines après leur naissance. La maturité
sexuelle est atteinte chez le male 4 mois après la naissance.
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| COMPORTEMENT |
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La mangouste est vive et agressive dominant fréquemment d’autres
prédateurs cinq fois plus imposant qu’elle, tels que
les chats.
La mangouste
montre quelque réticence à aller dans l’eau.
Mais si cela est nécessaire, elle peut nager aisément
sans toutefois être endurante.
Parmi les postures
caractéristiques :
- Quand la végétation
herbacée où elle évolue est plus haute que
la taille de l’animal en position horizontale, la mangouste
se dresse alors sur ses pattes postérieures, en position
d’alerte, la queue servant de balancier afin d’assurer
l’équilibre de l’animal.
- En cas
de rencontre hostile, elle arquera le dos dont les poils s’hérisseront
alors ; la mangouste s’avancera latéralement vers son
opposant en marchant sur « le bout des doigt » d’une
démarche trépidante.
- La posture
typique de la mangouste endormie : enroulée en boule et le
nez pointant verticalement.
La mangouste
révèle une grande dextérité quand elle
creuse dans une cavité avec ses pattes antérieures,
à la recherche de nourriture.
La dentition
de ces animaux les rend particulièrement efficaces lors de
la chasse, la capture et la mise à mort de leur proies :
- leurs redoutables
et fines canines leur permettent d’infliger de petites mais
profondes morsures, s’avérant fatales au niveau du
crâne ou au niveau de la colonne vertébrale de petits
rongeurs, oiseaux et autres serpents dont elles sont friands.
- Les scolopendres, scorpions sont mordus et frappés à
maintes reprises avant d’être consommés
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| PRÉDATION,
ALIMENTATION |
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La mangouste, dont l’odorat est très développé,
a un régime omnivore composé de :
- de reptiles
(anolis, lézards, serpents)
- de myriapodes (scolopendres ou iules)
- d’arachnides (araignées)
- de petits mammifères (rats, souris)
- de crustacés (crabes)
- de scorpions
- d’amphibiens (crapauds, grenouilles)
- d’insectes
- d’oiseaux (œufs, oisillons entre autres)
- de fruits
- … et malheureusement de volailles : elle peut occasionner
de sérieux dégâts dans les poulaillers, ce qui
lui vaut une certaine inimitié des éleveurs et des
particuliers.
- Espèce opportuniste, elle peut aussi devenir charognard.
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| ÉCOLOGIE,
HABITAT |
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La mangouste se retrouve dans presque tous les milieux :
- dans les taillis
et fourrés secs des formations littorales
- en forêt xérophile (forêt sèche)
- dans la forêt mésophile
- dans la forêt hygrophile (jusqu’à 1000 m et
plus)
- dans la mangrove (au niveau des zones non inondées)
- dans la forêt marécageuse
- au niveau des savanes et des champs de canne
De moeurs diurne,
la mangouste est un mammifère terrestre même si il
peut lui arriver de grimper au niveau des branches basses d’arbres.
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| INTRODUCTION
DANS LA CARAÏBE |
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La mangouste a été introduite en Guadeloupe et un peu
partout dans la Caraïbe et certaines îles du Pacifique
pour deux raisons :
- la nécessité
de juguler les pertes économiques occasionnées par
les rats (Rattus rattus) dans les champs de canne ;
- ajoutée à celle de lutter contre la vipère
fer-de-lance Bothrops atrox, responsable de nombre de morsures mortelles
auprès de la population en Martinique et à Ste Lucie.
La
mangouste fut introduite successivement dans différentes
îles de la Caraïbe suivant l’ordre chronologique
du tableau ci après :
Iles
de la Caraïbe |
Année
d’introduction |
Cuba
|
1866 |
Tortola
, Trinidad |
1870 |
Jamaïque |
1872 |
Antigua
et la Barbade |
1877 |
Guyane
française et la Grenade |
1882 |
Guadeloupe,
Guyana, La Désirade, Marie Galante, Martinique |
1883 |
| Ste
CroixSt John et St Kitts |
1884 |
Puerto
Rico |
1887 |
Ste
Lucie et St Martin |
1888 |
Hispaniola
(République Dominicaine et Haïti) |
1895 |
St
Thomas, St Vincent et au Surinam |
1900 |
Vieques
(Puerto Rico) |
1983 |
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C’est
après un vigoureux plaidoyer de Mr Zevallos, tenu en 1887
devant la Chambre d’Agriculture de Pointe-à-Pitre qu’elle
fut introduite en Guadeloupe :
(…) « J’ai tout lieu de penser que la Chambre
d’Agriculture s’occupera de l’introduction des
Mangoustes en vue de détruire les rats qui, dans certains
quartiers dévastent nos diverses récoltes. »
(…)
Il
fit cependant les recommandations suivantes :
(…)
« Il serait peut-être sage de faire venir tout d’abord
que des mangoustes non susceptibles de reproduction, afin de n’avoir
pas à craindre la propagation de l’espèce.
Plus tard, il ne faut pas que l’on ait à regretter
d’avoir introduit un nouvel animal nuisible … »
(…)
Elle
fut par la suite introduite en Martinique par M. Zevallos à
partir de la Guadeloupe puis de la Barbade, entre 1890 et 1891.
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| IMPACT
SUR LA FAUNE LOCALE |
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En l’espace
de deux ans après son introduction dans l’île,
la mangouste a quasiment exterminé la population de rats
des champs de canne en Jamaïque. 4500 livres sterling de récoltes
annuelles furent sauvées (Morris 1882).
La
vipère fer-de-lance disparut de Ste Lucie et devint rare
en Martinique (Barbour 1930).
Les
résultats furent par contre mitigés dans les autres
îles de la Caraïbe où la mangouste fut introduite
:
- à
Cuba, elle ne s’est pas développée
en raisons de conditions écologiques peu favorables (Barbour
1930 – Bond 1947-1952) ;
-
En Dominique, les dix mangoustes lâchées
dans le Nord de l’île sont mortes, victimes des conditions
hygrométriques élevées et de la prédation
du Boa tête de chien Constrictor constrictor crophias ;
-
A Trinidad, son impact sur les populations de rats
ravageant les champs de canne fut certain, mais le rat demeura abondant
dans les villes et les résidences coloniales.
L’impact
sur la faune locale de plusieurs îles fut sensible et l’introduction
de la mangouste fut fatale à de nombreuses espèces
animales :
- A la Barbade et à la Grenade,
les différentes populations d’Ameives (Ameiva griswoldi,
Ameiva plei analifera, Ameiva plei plei…) virent leurs effectifs
grandement réduits. Il en fut de même pour les volailles
(poules, canards, dindes) qui se révélèrent
des proies faciles pour un tel prédateur.
- En Guadeloupe, elle contribua très probablement
à la disparition de l’améive de la Guadeloupe
Ameiva cineracea. et à la fragmentation et fragilisation
des populations d’ holotropide rocquet Leiocephalus cuneus,
à la disparition d’oiseaux comme la chouette des terriers
Speotyto cunicularia guadeloupensis, du troglodyte Troglodytes aedon
guadeloupensis et probablement du diablotin Pterodroma hasitata
qui nichait au sol.
- A Trinidad, si aucune extermination d’oiseaux
ne fut à déplorer, les effectifs de beaucoup d’oiseaux
nichant ou se nourissant au sol se réduirent sensiblement
(ex : le tinamou Crypturellus soul). L’améive Ameiva
surinamensis se fit plus rare qu’auparavant sauf à
proximité des villes et autres villages où la mangouste
est moins présente. Les serpents terrestres de l’île
payèrent aussi un lourd tribu à ce mustélidé.
- A Ste Croix, la mangouste fut à l’origine
de la disparition de l’Ameiva polops. Certaines espèces
survécurent cependant en modifiant leur comportement : le
rat Rattus rattus devint plus arboricole. Le pigeon ramier Geotrygon
mystacea qui à l’origine nichait au sol et que l’on
pensait définitivement éteinte en 1921, niche désormais
dans de petits arbres ou des arbustes (Nellis & Everard, 1983)
La
mangouste est enfin un des vecteurs de diverses maladies telles
que notamment :
- La rage dont elle reste le principal vecteur dans la Caraïbe
(Everard & al, 1972, 1974, 1979a, 1981; Nellis & Everard,
1983)
- La leptospirose (Everard & al, 1976, 1979c ; Nellis &
Everard, 1983)
- L’hépatite canine
- La panleukopénie féline
- La toxoplasmose
- La salmonellose
Au
final, près d’une vingtaine d’année après
son introduction dans de nombreuses îles de la Caraïbe
et d’ailleurs, la mangouste devint un véritable fléau.
Une série de mesures parfois drastiques furent prises dans
la plupart des pays où elle fut auparavant introduite. Ainsi
:
- En Jamaïque une commission chargée
d’enquêter sur les méfaits de ce petit carnivore
; il fut démontré que les bénéfices
résultant de son introduction avaient malheureusement été
contrebalancés par les moult dégâts et pertes
infligés aux petits propriétaires, aux paysans (volailles)
et à la faune locale (Lewis, 1949).
- Dans d’autres îles des commissions du même type
furent créées avec des conclusions variant selon les
pays.
- Mais la plupart des gouvernements adoptèrent des lois interdisant
l’introduction de la mangouste dans de nouvelles localités
où elle n’était encore présente (ex :
Montserrat, Barbuda, la Dominique ou encore Cariacou). Son extermination
fut même encouragée par le versement d’une prime
pour chaque animal tué. Ce fut le cas en Guadeloupe
où furent lancées des campagnes anti-mangoustes, dont
la plus récente datant de 1977, fait état de près
de 15 787 têtes (payées 2.20 FF l’unité)
comptabilisées par la Fédération Départementale
des Chasseurs (l’actuelle Office National de la Chasse Français).
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