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PHOQUE CARAÏBE Monachus Tropicalis(Gray 1850)
Description - Distribution géographique - Biologie - Date et causes de l'extinction

 

SYSTÉMATIQUE
Règne : Animal
Phylum : Cordés
Subphylum : Vertébrés
Classe : Mammifères
Ordre : Pinnipèdes
Famille : Phocidés
Genre : Monachus
Espèce : Tropicalis
Nom latin :
Monachus tropicalis
Nom commun français :
Phoque caraïbe,
Phoque moine caraïbe
Nom commun anglais :
Caribbean monk seal,
West indian monk seal,
West indian seal

Nom commun espagnol :
Foca fraile
Nom commun allemand :
Caribische monniksrob

Les phoques moines constituent l’une des sous-familles de phoques (Monachinae) comprenant 3 espèces distinctes vivant en eaux sub-tropicales : le phoque caraïbe (Monachus tropicalis) et ses deux cousins le phoque moine méditerranéen (Monachus monachus) et le phoque moine hawaïen (Monachus schauinslandi). Ils semblent tous trois provenir d’un même réservoir méditerranéen ayant dérivé vers l’ouest à partir des îles Canaries et ayant passé l’Isthme de Panama.

Les phoques moines ont été - comme la plupart des mammifères marins à fourrure – l’objet d’une chasse massive et excessive tout au long des XVIIIéme et XIXéme siècle. Si bien que :

- Le phoque caraïbe est devenu rare dès 1850 jusqu’à finalement s’éteindre probablement dans les années 1960.

- Les deux autres espèces Monachus monachus et Monachus schauinlandis sont en danger.

DESCRIPTION


Christophe Colomb fut le premier européen à décrire le phoque caraïbe qu’il mentionne dans ses écrits lors de son second voyage vers le Nouveau Monde en 1494, sous le nom de « lobos del mar » : En août 1494, lorsqu’il aborda les côtes de l’île d’Alta Vela au sud de Haïti, il en aperçu quelques-uns sur le rivage et tua huit de ces placides créatures.

Ce n’est que 350 ans plus tard, alors que l’espèce était déjà en voie d’extinction, que le zoologiste anglais J.E Gray en fit une description taxonomique complète et le désigna sous le nom de Monachus tropicalis.


Spécimen de la New York Zoological Society (1910) ©


DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

Le phoque caraïbe était le seul phoque moine natif du Golfe du Mexique et son aire de répartition recouvrant toute la zone tropicale, restait limitée au Golfe du Mexique, à la péninsule du Yucatan, à l’ouest de la Mer des Caraïbes, aux Grandes et Petites Antilles, aux Bahamas et aux « Florida Keys » (6). Il occupait les côtes sablonneuses et rocheuses, les îlets et atolls leur servant d’abris et de site de reproduction.

 


BIOLOGIE


Sa morphologie générale était assez proche de celle de son cousin le phoque moine hawaïen.

Les adultes de l’espèce arboraient un pelage gris brun avec une partie inférieure (ventrale) de couleur crème. Ils mesuraient entre 2.20 et 2.4 m de longueur et pesaient environ 160 kg. L’espèce présentait un dimorphisme sexuel, les femelles étant plus petites (poids entre 70-140 kg) et plus sombres que les males (poids pouvant aller jusqu’à 200 kg) (4).

Crâne de Monachus tropicalis, vue de profil (droite) et vue de dessus (gauche).

La formulaire dentaire est la suivante : 2/1, 1/1, 5/5.

Les griffes des pattes antérieures étaient bien développées, celles des pattes postérieures restant simples et courts.

Alimentation

Leur régime alimentaire reste inconnu bien que l’on puisse raisonnablement présumer qu’il se nourrissait comme les deux autres espèces de phoques moine (M. schauinslandis et M. monachus) de :

- poissons (régime piscivore pour l’essentiel) :

- poissons pélagiques
- poissons de récif.

- D’invertébrés divers tels que :

- des poulpes
- des homards
- des méduses

Le phoque caraïbe était semble-t-il de mœurs nocturnes : plutôt actif au crépuscule et au lever du jour.

Reproduction

Les femelles adultes (pourvues de 4 glandes mammaires au lieu de 2) donnaient naissance une fois l’an vers le début du mois de décembre à un unique rejeton présentant une fourrure noire. Les naissances avaient lieu sur le rivage, et durant les six premières semaines la mère consacrait tout son temps et son énergie à s’occuper de son petit. Il en résultait que le poids de ce dernier augmentait d’un facteur 4 pour atteindre 63.5 kilos. Durant cette période sa mère ne quittant pas son petit pas même pour aller se nourrir utilisait alors ses réserves de graisse. Au bout de six semaines, leur pelage juvénile noir était remplacé par le pelage adulte et les jeunes abandonnés par leurs mères étaient livrés à eux-même. La première année était la période la plus vulnérable de la vie d’un bébé phoque. Les survivants de cette éprouvante étape acquéraient ainsi l’expérience nécessaire à leur survie pour les années à venir.


Femelle de phoque caraïbe et son petit.
Dessin extrait de "The Ephemeral Islands: A natural History of the Bahamas" de David G. Campbell ©

Espérance de vie

L’espérance de vie de cet animal pouvait atteindre plusieurs décennies en captivité contre 20 ans à l’état sauvage (Mac Donald 1984) s’il n’était pas prématurément victime de leur principal prédateur, le requin ou de quelque chasseur de phoques.



DATE et CAUSES de l'EXTINCTION


La chasse intensive dont il a été l’objet fut la principale cause de son extinction. Cette chasse fut d’autant plus facilitée par le fait que l’animal, ne possédant aucun ennemi terrestre, restait d’une totale placidité et naïveté face à l’homme. H.L Ward (1897) n’a-t-il pas écrit à ce sujet :

« (…) Tout le caractère de ce phoque se résumait à une inactivité tropicale (…) ».

Leur longue évolution isolée dans la Caraïbe a eu pour effet une absence de la peur innée de la prédation sur la terre ferme caractéristique chez les autres espèces de phoques.

Il fut principalement chassé pour sa graisse utilisée pour fabriquer de l’huile, pour sa fourrure et son cuir. Durant les années 1600 il fut la victime d’une chasse intensive par les Espagnols venus aux Antilles. Cette chasse au phoque devint alors une activité majeure dans la Caraïbe comme en témoigne Sir Hans Sloane (1707) dans son "Histoire de la Jamaïque" :

« (…) Les Bahamas comptaient de nombreux phoques, et quelquefois les pêcheurs en attrapaient une centaine en une nuit. Ils les faisaient frire ou faisaient fondre leur graisse et rapportaient l’huile pour leur lampe. (…) »

La chasse se poursuivit durant les 17ème et 18ème siècle. Parmi les instigateurs de cette dernière on peut compter :
- des marins
- des chasseurs de baleines
- des pêcheurs
- ainsi que des collectionneurs de muséums
- enfin, certains étaient capturés puis revendus à des zoos.

Le phoque caraïbe devint rapidement rare à la fin du 19ème siècle, dans les années 1880.

Ils furent également l’objet d’une persécution permanente des pêcheurs qui ne voyaient en eux que d’indésirables concurrents.

Un dernier facteur aurait également contribué à sa disparition : la réduction de son habitat, conséquence directes des activités humaines ( Boyd et Stanfield 1988 ; Lavigne 2001) sur une espèce sensible à toute perturbation de son milieu.

Durant les 80 dernières années, de moins en moins de phoque caraïbe ont été aperçu. L’une des dernières populations connues se trouvait sur les « Triangle Keys » non loin de la péninsule du Yucatan : 2001 individus y furent massacrés par des pêcheurs en 1911.

Le dernier spécimen aperçu aux USA fut tué en 1922 non loin des côtes de Key West en Floride.
La dernière colonie a été observée en 1952 sur la Seranilla Bank, un groupe de petites îles coralliennes à mi chemin entre la Jamaïque et le Honduras.

C’est cette même année que la dernière observation fiable de phoque caraïbe a été enregistrée dans les eaux jamaïcaines.


Carte situant les Iles de Seranilla Bank, entre le Honduras et l’île de la Jamaïque.
Carte extraite d’un supplément du journal "The Evening Post" du 25 Mai 1898.

La dernière observation certifiée de phoque caraïbe aux Etats-Unis date de 1932 sur les côtes du Texas (Debrot 2000 ; Knudtson, 1977 ; Boyd & Stansfield, 1998).

En 1973, un survol aérien, conduit par l’US Fish et le Wildlife Service, de tous les habitats possibles n’a pu que constater la pêche extensive pratiquée sur l’aire de distribution originelle de ce phoque. Les dernières expéditions datant de 1993 n’ont donné aucun résultat.

Aussi l’espèce est considérée aujourd’hui comme définitivement éteinte et a été déclarée formellement comme telle dans la liste rouge des espèces menacées de l’IUCN de 1996.


Plusieurs spécimens conservés existent dans plusieurs musées de part le monde.
Comme ce spécimen du Museum d’Histoire Naturelle « Naturalis » à Leider des Pays Bas.


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