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DIABLOTIN Pterodroma hasitata
Distribution géographique - Description - Biologie - Date et Causes de Disparition

 

SYSTÉMATIQUE
Règne : Animal
Phylum : Cordés
Subphylum : Vertébrés
Classe : Oiseaux
Ordre : Procellariformes
Famille : Procellaridés
Genre : Pterodroma
Espèce : hasitata
Nom latin :
Pterodroma hasitata
Nom commun français :
Pétrel diablotin
Nom commun anglais :
Black-capped petrel
Nom commun espagnol :
Petrel antillano
Pampero de las brujas (Cuba)


DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

Le pétrel diablotin se retrouve sur une vaste zone couvrant toute la région Caraïbe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud.

L’aire de répartition de cette espèce en Guadeloupe se restreignait aux flancs de la Soufrière où elle nidifiait en nombre durant le 19ème siècle (Lawrence 1891). Celle-ci avait également lieu jusqu’en 1847 sur les versants nord-est du Nez Cassé (Noble 1916). On pouvait même retrouver le diablotin (d’après des spécimens collectés quelques années avant 1891) à des altitudes aussi basses que celle du Camp Jacob.


DESCRIPTION


C’est un oiseau marin long d’environ 33 à 40 cm dont la face supérieure est d’un brun gris foncé. Il présente une calotte noire tranchant avec la tête, le cou et la face inférieure du corps blancs. Il est à noter que le bout du bec est incurvé vers le bas.

Le père LABAT nous décrivait assez précisément cet oiseau dans son ouvrage « Nouveau voyage des Isles de l’Amérique » (1742) :

(…) « Cet oiseau est à peu près de la grosseur d’une poule à fleur ; c’est ainsi qu’on appelle aux Isles les jeunes poules qui sont en état de pondre bien-tôt ; son plumage est noir , il a les ailes longues et forte, et les jambes assez courtes, les pides comme ceux des canards, mais garnis de fortes et longues griffes, son bec est long d’un bon pouce et demi, courbé, pointu extrêmement dur et fort : il a de grands yeux à fleur de tête, qui lui servent admirablement bien la nuit, mais qui lui sont tellement inutiles le jour qu’il ne peut supporter la lumière ni discerner les objets ; de sorte que quand il est surpris par le jour hors de sa retraite, il heurte contre tout ce qu’il rencontre, et enfin il tombe à terre. (…) »

Diablotin et Chasse au diablotin sur les flancs de la Soufrière - « Nouveau voyage des Isles de l’Amérique » (1742)


BIOLOGIE


Le diablotin a un régime alimentaire essentiellement piscivore et de mœurs terricoles, ce que confirme le père LABAT :

(…) « Ces oiseaux vivent du poisson qu’ils vont prendre la nuit à la mer. Après que leur pêche est achevée, ils s’en retournent à la montagne où ils repairent dans des trous comme les lapins, et ils n’en sortent que quand la nuit est venüe pour retourner à la mer. » (…)

Il se signalait par son cri plaintif caractéristique quand il se dirigeait alors vers la mer.

La couvée habituelle semblait être de deux œufs de couleur blanche

En ce qui concerne leurs mœurs migratoires, les oiseaux arrivaient, selon le Père LABAT, en Septembre, s’en allait en Novembre, et revenaient en mi Janvier. Seul un mâle ou une femelle restait dans le terrier jusqu’au mois de Mars. La période de reproduction s’étale de novembre à mai (HARRISON, 1983).

(…) « Quand on prend les petits diables en ce tems-là ils sont couverts d’un duvet épais et jaune comme les oisons ; ils sont comme des pelotons de graisse ; on les appelle des cottons. Ils sont en état de voler dans la fin de Mai ; aussi est-ce en ce tems-là qu’ils s’en retournent, et qu’on cesse entièrement de les voir et de les entendre jusqu’au mois de Septembre » (…)

 


DATE et CAUSES de la DISPARITION


La principale cause de sa disparition est s
a chasse excessive. L’impact de la mangouste sur cette espèce quoique non directement prouvé est à considérer.

La chair du diablotin bien que décrite par le Père Labat comme étant « noirâtre et sentant le poisson » n’en restait pas moins fort prisée car « bonne et très nourrissante ». Ceci causa malheureusement la perte de ce volatile jusqu’à son extinction totale.

Le père LABAT raconte à ce propos une partie de chasse aux diablotins assez révélatrice à laquelle il a assisté :

(…) « Malgré les dangers et les incommoditez inséparables de cette chasse, ma curiosité me porta d’accompagner quatre de nos nègres qui alloient un Dimanche après midi, et qu ne doivent retourner que le lendemain au soir ; car il faut ce tems-là pour se rendre sur le lieu de la chasse, chercher le gibier et revenir. Outre mon nègre je conduisis avec moi un jeune Creolle qui apprenoit chez nous à raffiner le sucre, nommé Albert de Launay. Nous marchâmes tout le long et au fond de notre rivière jusqu’à ce que nous trouvâmes en endroit moins escarpé que le reste, où nous montâmes les uns après les autres en nous aidant ou plutôt en montant sur les épaules de ceux qui demeuroient en bas, que nous tirâmes ensuite à nous avec les liannes, aussi bien que nos chiens. Je crus après avoir passé ce mauvais pas en être quitte ; mais ces mauvais pas se trouvoient toutes les fois qu’il falloit passer des ruisseaux ou des rivières, ce qui arriva sept ou huit fois avant que nous fussions arrivez au haut de la montagne des oiseaux qui est à côté de la Souphriere. Il étoit près de six heures quand nous arrivâmes au lieu où nos chasseurs avoient résolu de faire leur cabane. Nous nous mîmes tous à travailler à notre logement, les uns couperent des gaulettes, les autres amasserent des fougeres pendant que deux chasseurs allerent chercher des oiseaux pour souper. J’avoie eu la précaution de faire porter mon manteau, une bonne bouteille de vin de Madere, et du pain, avec de l’eau-de-vie et de la farine pour nos Nègres. Notre cabane fut bien-tôt dressée, nous la couvrîmes avec des feuilles de cachibou que nous avions coupées en chemin, parce que nous sçavions bien que nous n’en trouverions pas à l’endroit où nous allions. Nous fîmes une bonne litière de fougères pour nous coucher, et nous allumâmes un grand feu, tant pour faire cuire le gibier qu’on étoiot allé chercher pour souper, que pour nous chauffer pendant la nuit, qui est toujours très-froide en ces lieux élevez.

Nos deux chasseurs furent heureux, ils revinrent assez promptement avec quinze diables. Chacun se mirent d’abord à plumer. Pour moi je fis des brochettes pour les faire rôtir. Après qu’ils sont plumez et flambez, on les ouvre par le dos ; tous les dedans servent pour le souper des chiens avec les pieds, les têtes et les bouts d’ailes. On embroche les corps diagonalement, c’est-à-dire qu’on fait passer la brochette d’une cuisse à l’épaule opposée. On la plante en terre devant le feu ; on la tourne de tems en tems pour faire cuire la viande des deux côtéz, et quand elle est presque cuite on y jette du sel dessus ; une feuille de cachibou ou de balisier sert d’assiette. Il faut avoüer qu’un diable mangé de broche en bouche est un mets délicieux. Je croyois être rassasié ayant un diable dans le corps ; mais soit que l’air froid de la montagne, ou la fatigue du chemin eussent augmenté mon appétit ; soit que les diables de ce païs-là soient plus délicats et de plus faciles digestion que les autres, il fallut faire comme mes compagnons, et en manger un second. La nuit fut belle et sans pluye, et nous dormîmes bien, quoique les diables fissent un grand bruit en sortant de leur maisons pour aller à la mer, et en y retournant.


Le lendemain dès le point du jour nous nous mîmes à chasser. Chaque chasseur est armé d’une gaule de la grosseur d’un pouce, longue de sept à huit pieds, assez ployante, et qui a un crochet au bout. Les chiens que nous avions amenez ou appotez quêtoient et alloient fleurer tous les trous. Dès qu’ils sentoient qu’il y avoit un daible dans un trou (car cette montagne est toute percée comme une garenne) ils jappoient et se mettoient à gratter : mais le chasseur a soin de les empêcher de gâter les entrées, parce que les diables ne voudroient pas y rentrer uen autre année. On enfonce aussi-tôt la gaulette dans le trou jusqu’à ce qu’on rencontre l’oiseau, qui dès qu’il la sent la prend avec le bec et la serre, et se laisse plutôt entraîner dehors que de lâcher prise. Quand il est à la bouche du trou, la lumière l’aveugle, il est ébloüi, il veut retourner à reculons dans son trou, mais le chasseur y a mis le pied. Alors l’oiseau se renverse sur le dos pour se deffendre du bec et des griffes. On le prend alors par la tête, on lui tord le col, et le chasseur l’attache à une corde ou lianne qu’il a autour du corps en guise de ceinture. Il arrive quelque-fois que l’oiseau ne veut pas mordre la gaulette ; pour lors on la tourne de côté et d’autre en fourgonnant dans le trou jusqu’à ce qu’on l’attrappe au défaut de l’aîle, qui étant fort grande, l’oiseau ne peut l’étendre assez pour se débarrasser, et il est ainsi entraîner hors de sa maison. On continue ordinairement la chasse toute la matinée. (…) Les quatre Nègres avoient cent trente huit diables, Albert en avoient quarante-trois et moi six-sept. Nous en mangeâmes chacun deux, et partîmes chargez du reste de notre gibier … »

 

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