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LAMANTIN Trichetus manatus
Distribution géographique - Description - Biologie - Date et Causes de Disparition

 

SYSTÉMATIQUE
Règne : Animal
Phylum : Cordés
Subphylum : Vertébrés
Classe : Mammifères
Ordre : Siréniens
Famille : Trichéchidés
Genre : Trichetus
Espèce : Manatus
Nom latin :
Trichetus manatus
Nom commun français :
Lamantin
Nom commun anglais :
Manatee
Nom commun espagnol :
Manatí, Vaquita marina

 


DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

Le lamantin des Caraïbes était jadis très abondant en Guadeloupe, dans les Grand et Petit Cul-de-Sac Marin comme le témoigne Jules Ballet :

(…) « Comme la mer est extrêmement paisible dans ces deux culs-de-sac, et comme la mer n’y est pas profonde, on ne saurait croire combien les Lamentins, les Tortues et tous les autres poissons se plaisent autour de ces Islets (…) »


Répartition du lamantin sur la Guadeloupe sur une carte d’époque extraite des Planches illustrées originales parues dans « Histoire Générale des Antilles habitées par les François » (Père Du Tertre)

Son aire de répartition actuelle couvre toute la zone Caraïbe, les régions de l’Atlantique Sud Ouest et Centrale Ouest ainsi que les côtes de la Région Atlantique Nord.
On le retrouve au niveau des eaux marines littorales, les eaux saumâtres et les eaux douces des régions tropicales, subtropicales du Sud Est des Etats Unis, du Golf du Mexique, de la Mer des Caraïbes et au niveaux des côtes atlantique du nord est de l’Amérique.

On le retrouve donc dans les pays suivants de la Caraïbe: Les Bahamas, Le Bélize, Le Brésil, La Colombie, Le Costa Rica, Cuba, La République dominicaine, La Guyane Française, Le Guatemala, Le Guyana, Haïti, Le Honduras, La Jamaïque, Le Mexique, Les Antilles Néerlandaises (Bonaire, St Eustache, Curaçao, Saba, St Marteen), Le Nicaragua, Le Panama, Puerto Rico, Le Suriname, Trinidad & Tobago, Les Etats-Unis d’Amérique, Le Vénézuela.



DESCRIPTION

Le terme anglais manatee et celui espagnol de manati proviennent tous deux du même mot caraïbe «manattoui» signifiant «mammelle».

Le mot lamantin lui, dérive du verbe lamenter, influence qui proviendrait sûrement des sons plaintifs et puissants qu’émettent ces animaux qui les auront fait prendre par nombre de navigateurs pour des sirènes. A cela s’ajoutent :

- l’aspect de leurs nageoires pectorales ressemblant étrangement à des mains,
- la posture presque humaine de la femelle allaitant, debout dans l’eau, ses petits de leurs mamelles situées sous leurs nageoires.

Avec toutes ces caractéristiques proches des sirènes tant redoutées des marins, il n’est en rien étonnant à ce qu’en 1811, l’ordre des mammifères regroupant lamantin, dugong et la rhytine de Steller aujourd’hui éteinte (victime d’une pêche aussi intense qu’insensée) ait été baptisé ordre des siréniens.

J.P. Moreau nous fait cette curieuse description du lamantin :

(…) « Mannantouin, ou vache de mer est un fort gros et assez bon poisson, mais malsain, surtout principalement à ceux qui ont eu quelque maladie vénérienne car il la fait revenir (…) « Ce poisson a la tête faite comme une vache, et la femelle a les tétons pleins de lait fort pendants et placés au-dessous des deux nageoires de devant. Son sang est chaud comme celui d’un bœuf, n’étant pas moindre en grosseur et pesanteur que lui. D’ailleurs, il ne vit point de poisson, mais d’un certain herbage qui croît dans la mer sur des rochers, de quoi on lui trouve la bouche pleine quand il est pris, et n’a aucune dent pour vivre de proie, c’est pourquoi il ne peut être trompé par un hameçon assez proche du bord, qu’il faut nécessairement qu’il y ait quelque chose qui le nourrisse.

Pour le lamantin il est nommé autrement vache de mer pour avoir beaucoup de ressemblance avec une vache, tant à la tête qu’à la grosseur d’icelle en ayant aussi du naturel pour le vivre, d’autant qu’elle va souvent pasteurer dans des herbiers qui sont dans la mer fort proches du bord à une ou deux brasses. Et au contraire, de tout autre poisson, a le sang chaud et sain pour la faiblesse des membres comme celui d’un bœuf, ayant la femelle deux tétines fort longues semblables et pleines de lait comme celles d’une vache qui sont placées au dessous des deux nageoires, ou plutôt pieds qui sont posés au commencement du corps comme des autres animaux. Le reste du corps va toujours en amoindrissant jusque vers la queue, laquelle s’élargit après en forme d’éventail pour le prendre on le harponne on darde, et se sentant blessé il se démène de tous les côtés dans la mer, que par ce moyen se lassant et affaiblissant, perdant toujours son sang va mourir et s’échoir sur le bord de la mer. » (…)

Les lamantins des Antilles ont une silhouette assez ronde, ainsi que des nageoires avant longues et souples et une queue aplatie latéralement. La tête, petite, sans cou apparent présente tout comme le reste du corps. Deux lèvres très mobiles apparaissent clairement au niveau du museau. La lèvre supérieure est clairsemée de vibrisses. De fins poils incolores sont par ailleurs présents sur toute la surface de la peau.

Cette dernière est généralement grise à marron, avec quelques taches verdâtres dues à la présence d’algues.

Les adultes mesurent en moyenne 3.5 (3.9 m au maximum) et pèsent entre 1590 kg. Les nouveaux-nés quant à eux mesurent environ 1,20 m et pèsent environ 30 kg.

 


BIOLOGIE


Animal relativement léthargique, il vivent en solitaire ou par petits groupes de 6 individus (rarement plus).Le lamantin des Caraïbes se reproduit tout au long de l’année avec un pic en été et au printemps. La femelle donne naissance après une période de gestation de 12 mois environ, à un seul rejeton.

De régime végétarien ils se nourrissent de jacinthe d’eau (Eichornia crassipes) et de phanérogames marines (la thalassie des tortues Thalassia testudinum et l’herbe au lamantin Syringodium filiforme formant de vastes herbiers sous marins. A ce régime strictement végétarien peuvent néanmoins s’ajouter parfois dans certaines zones, des algues, des feuilles de palétuviers, de la végétation flottante du littoral, quelques invertébrés (tuniciers …), ou encore des poissons pris dans les filets de pêche.

Le Père Du Tertre dans son Histoire Naturelle des Antilles habitées par les François l’atteste, en partie, quant à cet animal qu’il considérait à tort comme un poisson :

(…) « Le lamantin est un poisson tout à fait inconnu dans l’Europe : il porte quelquefois jusqu’à quinze et seize pieds de longueur, & sept ou huit de rondeur de corps. Il a le mufle d’un bœuf, & les yeux d’un chien, il a deux petits pertuis, où à peine pourroit on fourrer le doigts ; il entend si clair par ces pertuis, que la faiblesse de sa veuë est suffisamment suplée par la subtilité de son oüie. Au deffaut de la teste, il a sous le ventre deux petites pates en forme de mains : depuis le nombril il appetisse tout à coup, & ce qui reste de son corps depuis cette partie, est ce qui compose sa queuë, laquelle a la forme d’une pelle à four ; elle est large d’un pied et demy, épaisse de cinq à six pouces, revestuë de la mesme peau de son corps, & toute composée de graisse & de nerfs. Ce poisson n’a point d’écailles comme les autres poissons, mais il est revestu d’un cuir plus épais que celuy d’un bœuf. Sa peau est de couleur ardoize fort brune, et parsemée fort clairement d’un poil de couleur ardoize semblable à celuy du loup marin.
La nourriture de ce poisson est une petite herbe qui croist dans la mer, laquelle il paist tout de mesme que le bœuf fait celle des prés : & apres s’estre saoülé de cette pasture, il cherche les rivières d’eau douce, où il boit & s’abreuve deux fois le jour. Après avoir bien beu & bien mangé, il s’endort le mufle à demy hors de l’eau, (…)
(…) « La femelle fait deux petits qui la suivent par tout : elle a sous le ventre deux tetins, desquels elle les allaicte dans la mer, comme une Vache allaicte son veau sur la terre. (…)

 


DATE et CAUSES de la DISPARITION


Jules Ballet :

« (…) il semble que la grande mer s’en épuise pour les remplir, car je suis très certains que pendant les dix premières années que l’isle a été habitée, on a tiré chaque année plus de trois à quatre mille Tortues, et un très grand nombre de lamantins, et l’on en tire encore tous les jours quantité, et s’il s’en tirera jusques à la fin du monde sans les épuiser. » (…)

Le lamantin des Antilles a fait l’objet d’une chasse impitoyable dès le début de la colonisation. Ainsi, dès le XVIIIème siècle, il se raréfia considérablement dans nos îles jusqu’à disparaître complètement. Il fut chassé pour sa chair, sa graisse et … ses os.

(…) Sa chair a le goût de celle du veau, mais elle est beaucoup plus ferme, & couverte en plusieurs endroits de trois ou quatre doigts d’épais, de lard, duquel on se sert à larder, à barder, & à faire tout ce que l’on fait du lard de porc. (…)

Le lamantin des Antilles est à l’heure actuelle une espèce classée comme étant vulnérable par l’IUCN.

Les menaces actuelles, principalement anthropiques, pesant sur cette espèce sont les suivantes:
- Dégradation de l’habitat (pollution des eaux)
- les blessures (ou souvent la mort s’ensuivant) occasionnées par les collisions avec des hors bords et autres vedettes navigant à vive allure, les hélices de ces bateaux causant de graves et profondes lacérations à ces paisibles et placides animaux évoluant près de la surface

L' ordre des siréniens regroupe deux familles :

- les Dugongidés (le dugong et la rhytine de Steller)
- et les Trichechidés (le lamantin)

Les Dugongidés :

- le dugong Dugong dugon qui a largement colonisé les eaux tropicales et subtropicales de la région IndoPacifique. Ils tendent à occuper également les baies et canaux. On le rencontre : du Sud Est de l’Afrique au Nord de la Mer Rouge ; dans le Golfe Persique ; tout le long de l’ouest de l’Inde et au Sri Lanka ; en Indonésie et dans les Iles du Pacifique ; dans les Iles Ryukyu ; au niveau des côtes des regions Nord et centre de l’Australie.

Il existe trois espèces de lamantins de par le monde :

- Le lamantin d’Amazonie : Trichechus inunguis Il se limite lui aux écosystèmes d’eau douce : dans les eaux de l’Amazone ainsi que ses affluents au Brésil, au Guyana, en Colombie, au Pérou, et en Equateur.
- Le lamantin d’Afrique : Trichechus senegalensis que l’on rencontrera dans les eaux littorals, les rivières, fleuves et estuaires du sud de la Mauritanie au Nord de l’Angola.
- Le lamantin des Antilles ou lamantin des Caraïbes : Trichechus manatus

Deux sous espèces de lamantin des Caraïbes :
- le lamantin de Floride (Trichechus manatus latirostris) dont l’aire de distribution va de la Louisiane à la Virginie, couvre le nord du Golfe du Mexique et le Sud Est des Etats-Unis
- et le lamantin des Antilles (Trichechus manatus manatus) dont l’aire de distribution s’étend du Nord du Mexique à la région centrale du Brésil et couvre également les îles de la Caraïbe


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