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Aujourd'hui
Gwoka : pratiques et perspectives
Un
instrument légitimé
Le
gwoka est devenu un fait social a part entière. Il n'est plus
perçu comme une sous-culture pratiquée par des individus peu fréquentables
et dans des lieux tout aussi peu fréquentables (tanbou sé bitin
a viè nèg).
Le gwoka est considéré aujourd'hui comme une référence en matière
culturelle.
On le retrouve dans tous les évènements qui reflètent la vie sociale
(grèves, manifestations, procès) et culturelle (fêtes populaires,
commémorations historiques). On y chante entre autres le répertoire
militant du gwoka comme Pon la baré, composé à l'occasion des
barrages de l'affaire Faisans en 1985.
Le tambour lui-même est considéré comme un instrument de musique
à part entière. Sa pratique et son répertoire sont enseignés en
école de musique.
Le gwoka a son calendrier d'activités avec notamment le Festival
de Gwoka de Sainte-Anne comme moment fort de diffusion et de valorisation.
Evolution
des léwoz
On peut regretter aujourd'hui une déviance dans l'organisation
de certains léwoz où trop souvent c'est l'intérêt pécuniaire stricte
qui prime. Le léwoz comme alternative à la contraction d'un prêt
bancaire pour l'achèvement de la construction d'une maison individuelle
ou pour l'achat d'une voiture. C'est la conséquence de la popularité
du léwoz.
La multiplication des léwoz a produit il y a quelques années un
effet regrettable : la baisse de la qualité. En réaction à cela
on a assisté à une surenchère du coût des léwoz joués par les
maîtres du moment (Anzala, Kan'nida, Esnard Boisdur, Jomimi, Akiyo
ka, Orel, Freedom ka , Kalbas ka, Kabann'…). Aujourd'hui [en
2002] le prix d'un léwoz de qualité s'échelonne entre 1200
et 1500 euros. Par voie de conséquence, les léwoz a kokangn,
bassement lucratifs et de mauvaise qualité, ont quasiment disparu.
Autre conséquence, ceux qui peuvent payer ces prix étant peu nombreux,
les léwoz se raréfient.
Sonorisation
des léwoz
La
sonorisation des léwoz apparaît dans les années 1970. Plusieurs
raisons à cela.
D'une part, avec l'importance croissante du public, il y a nécessité
de faire porter plus loin le son des tambours et la voix du chanteur.
D'autres part dans les années 1970, les tambours gagnent en amplitude
sonore et couvrent la voix du chanteur. En effet, les dimensions
des tambours boulas et makè changent, ils sont plus grands et
plus gros que par le passé.
Le djembé puis le djembé-ka font aussi leur apparition avec pour
caractéristique un volume sonore supérieur à celui du maké traditionnel.
La section rythmique qui comptait jusque là un ou deux tambours
boula, s'accroît pour en accueillir parfois jusqu'à six dans les
léwoz voire 12 comme le fait le Big Band Ka.
Enfin, la calebasse avec son amplitude sonore très prononcée est
créée à la fin des années 60 et se multiplie dans les groupes
et les léwoz.
Ces évolutions et apports ont ainsi conduit naturellement à la
sonorisation des léwoz.
Deux cas de figures se présentent. La sonorisation de l'ensemble
de la formation (tambours, chant, chœur) ou uniquement celle du
makè, du chanteur et des chœurs.
La sonorisation a contribué à écarter les chanteurs à forte potentialité
vocale par le nivellement sonore induit. Ceux qui ne voulaient
ou ne pouvaient pas s'adapter au micro ont laissé de fait la place
à d'autres. Beaucoup de nouveaux chanteurs ont commencé ainsi
à émerger.
Perspectives
?
Aujourd'hui
il y a une tendance à l'uniformisation de l'expression gwoka,
notamment dans la production d'album.
Dans les années 70-90, il y a eu une multiplicité des genres :
gwoka moderne (Gérard Lockel), gwoka progressif (les groupes Gwo
Siwo, Poukoutan, Van Lévé), gwoka polyrythmique (le groupe Takouta),
gwoka jazz… Des instruments modernes ont été introduits.
Toutes ces expressions nouvelles n'ont pas été soutenues par les
médias et les acteurs et institutions culturelles, exception faite
de la semaine du Festival de Gwoka une fois l'an et qui se contente
de faire de la diffusion. En conséquence, aujourd'hui l'expression
gwoka la plus courante est celle qui avait cours il y a encore
30 ou 40 ans. A savoir celle de Guy Conquet ou de Robert Loyson,
c'est-à-dire 3 boula et un makè et on raconte des histoires.
Le gwoka est encore une musique confinée à la Guadeloupe. Elle
ne connaît pas encore de diffusion internationale.
Mieux,
elle se mélange même étrangement au carnaval comme dans la chanson
Pan' sé fizi la du chanteur du groupe Akiyo, Jean-Pierre
Coquerel, devenue tube de carnaval sur le rythme Kaladja. Cherchez
l'erreur !
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