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diffusion naturelle du gwoka se fait dans les léwoz, les fêtes
de communes, sur les plages, les terrains de foot, dans les manifestations…
Médias
Les radios généralistes (comme RFO
ou RCI) passent très peu de gwoka, un ou deux morceaux par
jour au maximum. Les
médias à forte audience ne passent pas les disques,
ou ils y sont diffusés à des heures impossibles ou
principalement sur les radios libres comme MMF ou Radio Tanbou,
Radio Belo. Il y avait auparavant des
émissions consacrées au gwoka mais elles ont été
déprogrammées. Le gwoka est globalement sous-diffusée
en radio.
A la télévision c'est exceptionnel, une interview
à l'occasion de la sortie d'un disque, mais uniquement des
chanteurs déjà connu.
Disques
La
production gwoka est très moyenne, une dizaine de disques
par an. Cela pose le problème de la commercialisation.
Il s'agit surtout d'autoproduction qui se vendent de mains en mains.
Ce sont les chanteurs ou les responsables de groupes ou d'associations
qui produisent eux-mêmes leurs albums. Cela peut avoir une
conséquence sur la qualité de l'enregistrement et
du mixage.
Les groupes produits par les éditeurs, comme Debs, sont déjà
connus et populaires (Anzala, Esnard Boisdur…Kanida ). Mais
un groupe comme Krey qui en est à son un deuxième
album, produit avec quelques subventions mais surtout avec l'argent
des membres du groupe.
Les disques se retrouvent en vente chez la majorité des disquaires,
mais ils se vendent surtout de mains en mains dans les léwoz
dans les fêtes de commune. C'est un marché parallèle
au marché discographique officiel, un peu souterrain, un
marché de la survie, de résistance.
Les disques de gwoka sont souvent dans le même registre. Ils
font la part belle au répertoire traditionnel, tous les chants
qui concernent les faits divers, les faits sociaux, les grèves,
les barrages de ponts quand il y a manifestation, les revendication,
les cyclones, la politique…
Mais l'expérimentation et l'innovation musicale et instrumentale
est rare.
Professionnalisation
Il
n'y a pas de musiciens professionnels dans le gwoka. Il y a quelques
intermittents du spectacle, mais la plupart ont un métier.
A part peut-être quelqu'un comme Guy Conquèt, il n'y
personne qui vive exclusivement de la musique gwoka.
Un professionnel,
ne doit pas être quelqu'un qui survit de son art ou qui ne
pratique aucune autre activité, mais quelqu'un vivant décemment
de son activité.
La majorité des musiciens professionnels sont des enseignants
de musique.
De deux choses l'une, soit le pays est trop petit pour être
musicien professionnel , soit la profession n'est pas encore bien
organisée.
Droits
d'auteur
Le
monde de la musique gwoka a besoin d'être organisé
et soutenu, en particulier par le Festival de Gwoka de Sainte-Anne,
qui devrait davantage s'inscrire dans le renouvellement du répertoire,
et ne pas se contenter de diffuser des groupes une fois par année.
La diffusion des œuvre gwoka se fait dans les léwoz,
mais les organisateurs de léwoz ne payent pas de droits d'auteur,
cela n'a donc aucune incidence en terme de perception des droits
par les auteurs-compositeurs.
La campagne lancée il y a deux ou trois ans en direction
des organisateurs de léwoz pour payer la redevance à
la SACEM n'a pas portée ses fruits. Il y avait un problème
sur la frontière entre œuvre traditionnelle relevant
du domaine public et œuvre créée par des auteurs-compositeurs
soumis au versement de droits d'auteur. Une commission spéciale
a été montée avec des acteurs du gwoka chargés
d'analyser les dépôts d'œuvre à la SACEM,
et devant faire la répartition entre ce qui relève
du répertoire traditionnelle et ce qui est mis à l'actif
des différents auteurs-compositeurs. Cela dit le gwoka demeure
un marché limité en terme de volume de vente par rapport
au zouk par exemple, cela malgré l'immense succès
populaire de certains morceaux comme A ka titine (Michel Laurent),
Matété à krab (Jomimi) ou plus recemment Ko
malad ( auteur inconnu)qui ne dépasse pas nos frontières
hexagonales parisiennes Le public garde un attrait pour ce type
d' interprétation gwoka.
Les radio et télévision privilégient ce type
de morceau, au même titre que Guy Conquèt à
son époque avec Baimbridge cho, la boucle est bouclée
et le renouvellement, la création sont difficiles a percevoir
ou à positionner.
Festivals
En
Guadeloupe, contrairement à beaucoup d'autres endroits dans
le monde, les festivals sont gratuits, notamment tous les festivals
d'arts et traditions populaires musicaux (à Sainte Anne,
au Moule...).
Je [Michel Halley] me demande quel impact social et culturel cela
peut-il avoir sur le public quand son engagement est limité
à la simple déambulation. Il faut amener l'individu
gwado à jouer son rôle social et économique
de public et le faire contribuer ainsi à l'évolution
de son propre environnement musical et culturel il ne pas être
un simple consommateur passif de ses expressions artistiques il
doit s'engager plus que cela .
Pourquoi le Festival de Gwoka de Sainte-Anne est-il toujours gratuit
?
Tout festival doit avoir une part de fonds propres. Il faut faire
des expériences, oser. Pour l'instant le festival n'a pas
atteint à mes yeux son objectif. C'est gratuit, tu y vas
pour te balader mais pas pour écouter secondairement de la
musique. L'impact du festival sur le Gwo Ka est quasi nul car il
se contente de faire de la diffusion et ne s'inscrit pas dans la
production la recherche ou l'innovation artistique comme producteur.
Public
& gwoka
La
socialisation du fait culturel est trop légère. Les
gens ne s'impliquent pas suffisamment. Quand tu demande à
quelqu'un de payer quelques euros pour venir voir des artistes,
il participe à la vie de l'artiste, et l'artiste s'inscrit
ainsi dans une logique d'excellence. Cela devient un fait social
(e.g. le concert du groupe Carimi, dix mille personnes à
30 euros la place).
Quel
que soit le prix, par cet acte tu appartient à une collectivité
d'individus qui vient écouter, participer à l'existence
de lui même, d'autant plus pour le gwoka avec son fort caractère
identitaire gwado. Or actuellement il y a un gros décalage.
La masse d'argent drainée avec toutes les subventions européennes
et le traitement du public me pose un problème. Il y a quelque
chose d'un peu malsain autour du gwoka, dans sa pratique, son implication,
son rôle social. Ca me gène un peu et me questionne.
A Antigua, Trinidad ou la Dominique, les gens payent et se déplacent
en masse pour regarder leur artistes. Ici les gens ont trop de distance,
le problème colonial est toujours présent , les gens
ne s'identifient toujours pas suffisamment à ce qui normalement
devrait les représenter le plus simplement et naturellement
du monde. Ils se projettent partout dans le monde sauf dans leur
propre pays avec ses valeurs existantes . Une sorte de fuite permanente
face à soit même. Le zouk a atteint un peu cet objectif
mais actuellement il n'en reste pas grand chose.
Souhaitons que l'arrivée de corps sociaux multiples dans
la pratique du Gwoka permette dans un proche avenir que le "conservatisme
traditionaliste nombriliste" (ndlr) soit dépassé
, et que cette musique devienne majeure aux yeux de tous.
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