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Si
les termes gwoka ou léwoz ne sont pas employés dans
les extraits qui suivent, les pratiques musicales et chorégraphiques
décrites intègrent néanmoins le tambour (en
caractère gras).
On peut faire l'hypothèse que ces termes et les pratiques
auxquelles ils renvoient n'existent pas encore, en tout cas dans
leurs formes actuelles.
Le calenda insuffisament décrit ici par le Père
Labat, avec l'exécution collective de sa danse, serait-il
une des formes musico-chorégraphiques passées ayant
conduit au léwoz du 20ème siècle ?
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Jean-Baptiste
Labat : Nouveau Voyage aux Isles de l'Amérique
vol. 2, éd. des Horizons Caraïbes, Fort-de-France,
1972. pp 401-404.
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Dans
le chapitre : "Des esclaves noirs dont on se sert aux Iles..."
[...]
La danse est leur passion favorite, je ne croi pas qu'il y ait
peuple au monde qui y soit plus attaché qu'eux. Quand les Ma îtres
ne leur permettent pas de danser dans l'Habitation, ils feront
trois ou quatre lieuës après qu'ils ont quitté le travail de la
Sucrerie le Samedi à minuit, pour se trouver dans quelque lieu
où ils sçavent qu'il y a une danse.
Celle qui leur plaît davantage, et qui leur est plus ordinaire
est le calenda, elle vient de la Côte de Guinée et suivant toutes
les apparences du Royaume d'Arad. Les Espagnols l'ont apprise
des Nègres, et la dansent dans toute l'Amerique de la même maniere
que les Nègres.
Comme les postures et les mouvemens de cette danse sont des plus
deshonnêtes, les Maîtres qui vivent d'une maniere réglée, la leur
défendent, et tiennent la main afin qu'ils ne la dansent point;
ce qui n'est pas une petite affaire : car elle est tellement de
leur goût, que les enfans qui n'ont presque pas la force de se
soutenir, tâchent d'imiter leurs peres et meres à qui ils la voyent
danser, et passeroient les jours entiers à cet exercice.
Pour donner la cadence à cette danse, ils se servent de deux tambours
faits de deux troncs d'arbres creusez d'inégale grosseur. Un des
bouts est ouvert, l'autre est couvert d'une peau de brebis ou
de chevre sans poil, gratée comme du parchemin. Le plus grand
de ces deux tambours qu'ils appellent simplement le grand tambour,
peut avoir trois à quatre pieds de long sur quinze à seize pouces
de diamètre. Le petit qu'on nomme le baboula a à peu près
la même longueur, sur huit à neuf pouces de diamètre. Ceux qui
battent les tambours pour régler la danse, les mettent entre leurs
jambes, ou s'asseyent dessus, et les touchent avec le plat des
quatre doigts de chaque main. Celui qui touche le grand tambour,
bat avec mesure et posément; mais celui qui touche le baboula
bat le plus vite qu'il peut, et sans presque garder de mesure,
et comme le son qu'il rend est beaucoup moindre que celui du grand
tambour, et fort aigu, il ne sert qu'à faire du bruit, sans marquer
la cadence de la danse, ni les mouvemens des danseurs.
Les danseurs sont disposez sur deux lignes, les uns devant les
autres, les hommes d'un côté, et les femmes de l'autre. Ceux qui
sont las de danser, et les spectateurs font un cercle autour des
danseurs et des tambours. Le plus habile chante une chanson qu'il
compose sur le champ, sur tel sujet qu'il juge à propos, dont
le refrain qui est chanté par tous les spectateurs, est accompagné
de grands battemens de mains. A l'égard des danseurs, ils tiennent
les bras à peu près comme ceux qui dansent en joüant des castagnettes.
Ils sautent, font des virevoltes, s'approchent à deux ou trois
pieds les uns des autres, se reculent en cadence jusqu'à ce que
le son du tambour les avertisse de se joindre en se frapant
les cuisses les uns contre les autres, c'est-à-dire, les hommes
contre les femmes. A les voir, il semble que ce soient des coups
de ventre qu'ils se donnent, quoiqu'il n'y ait cependant que les
cuisses qui suportent ces coups. Ils se retirent dans le moment
en pirouettant, pour recommencer le même mouvement avec des gestes
tout-à-fait lascifs, autant de fois que le tambour en donne le
signal, ce qu'il fait souvent plusieurs fois de suite. De tems
en tems ils s'entrelassent les bras, et font deux ou trois tours
en se frapant toujours les cuisses, et se baisans. On voit assez
par cette description abregée combien cette danse est opposée
à la pudeur. Avec tout cela, elle ne laisse pas d'être tellement
du goût des Espagnols Créolles de l'Amérique, et si fort en usage
parmi eux, qu'elle fait la meilleure partie de leurs divertissemens,
et qu'elle entre même dans leurs dévotions. Ils la dansent dans
leurs Eglises, et à leurs Processions, et les Religieuses ne manquent
guère de la danser la nuit de Noël sur un théâtre élevé dans leur
Choeur, vis-à-vis de leur grille, qui est ouverte, afin que le
peuple ait sa part de la joye que ces bonnes ames témoignent pour
la naissance du Sauveur. Il est vrai qu'elles n'admettent point
d'hommes avec elles pour danser une danse si dévote. je veux même
croire qu'elles la dansent avec une intention toute pure, mais
combien se trouvent-ils de spectateurs qui n'en jugent pas si
charitablement que moi ?
On a fait des Ordonnances dans les Isles pour empêcher les calendas
non seulement à cause des postures indécentes, et tout-à-fait
lascives, dont cette danse composée, mais encore pour ne pas donner
lieu aux trop nombreuses assemblées des Nègres qui se trouvant
ainsi ramassez dans la joye, et le plus souvent avec de l'eau-de-vie
dans la tête, peuvent faire des révoltes, des soulevemens, ou
des parties pour aller voler. Cependant malgré ces Ordonnances,
et toutes les précautions que les Maîtres peuvent prendre, il
est presque impossible de les en empêcher, parceque c'est de tous
leurs divertissemens celui qui leur plaît davantage, et auquel
ils sont plus sensibles.
Les Nègres de Congo ont une danse tout-à-fait opposée à celle-là.
Les danseurs hommes et femmes se mettent en rond, et sans bouger
d'une place, ils ne font autre chose que lever les pieds en l'air,
et en fraper la terre avec une espece de cadence, en tenant le
corps à demi courbé les uns devant les autres, marmotant quelque
histoire qu'un de la compagnie raconte, à laquelle les danseurs
répondent par un refrain, pendant que les spectateurs battent
des mains. Cette danse n'a rien qui choque la pudeur, mais aussi
elle est très-peu divertissante. Les Négres-Mines dansent en tournant
en rond, le visage hors du cercle, qu'ils décrivent. Ceux du Cap
Verd et de Gambie ont encore des danses particulieres; mais il
n'y en a point dont tous en général s'accommodent mieux que du
calenda. Les goûts sont differens, et il n'est pas permis d'en
juger.
Pour leur faire perdre l'idée de cette danse infame, on leur en
a appris plusieurs à la Françoise comme le menuet, la courante,
le passe-pied et autres, aussi-bien que les branles et danses
rondes, afin qu'ils puissent danser plusieurs à la fois, et sauter
autant qu'ils en ont envie. J'en ai vû quantité qui s'acquittoient
très-bien de ces exercices, et qui avoient l'oreille aussi fine,
et les pas aussi mesurez, que bien des gens qui se piquent de
bien danser.
Il y en a parmi eux qui jouent assez bien du violon, et qui gagnent
de l'argent à joüer dans les assemblées, et aux festins de leurs
mariages. Ils joüent presque tous d'une espece de guitarre, qui
est faite d'une moitié de calebasse couverte d'un cuir raclé en
forme de parchemin, avec un manche assez long. Ils n'y mettent
que quatre cordes de soye ou de pitte, ou de boyaux d'oiseaux
séchez, et ensuite préparez avec de "huile de Palma Christi. Ces
cordes sont élevées d'un bon pouce au-dessus de la peau qui couvre
la calebasse par le moyen d'un chevalet. Ils en joüent en pinçant
et en battant. Leur musique est peu agréable, et leurs accords
peu suivis. Il y a cependans des gens qui estiment cette harmonie
autant que celle des Païsans Espagnols et Italiens qui ont tous
des guitarres, et en joüent très mal. je ne sçai s'ils ont raison.
Il est très à propos d'avoir toujours tous ses Esclaves chez soi
les Fêtes et les Dimanches, non-seulement pour remédier aux accidens
du feu qui peut s'allumer dans les Cannes, ou pour d'autres besoins,
mais encore pour les empêcher de courir chez les voisins, et y
commettre quelque désordre. J'aimois mieux permettre aux nôtres
de danser toutes sortes de danses, excepté le calenda, que de
les laisser aller dehors. je payois assez souvent le violon, et
je leur faisois donner quelques pots d'eau-de-vie pour se divertir
tous ensemble. je croi bien que malgré toutes mes précautions,
ils dansoient le calenda de toutes leurs forces, lorsqu'ils ne
craignoient pas d'être découverts. Leur passion pour cette danse
est au-delà de l'imagination ; les vieux, les jeunes, et jusqu'aux
enfans, qui à peine se peuvent soutenir. Il semble qu'ils ayent
dansée dans le ventre de leurs meres.
[...]
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Mariage
d'esclaves sur l'habitation Desmarais (Saint-Claude)
in : M.
Léonard, Œuvres, Paris, 1787 t.II ; «
Lettre sur un voyage aux Antilles », pp. 165-251.
Extrait de Gérard Lafleur, Saint-Claude
: Histoire d’une commune de Guadeloupe, éditions
Karthala, 1993.
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Différentes
nations de noirs y parurent distinguées par leurs drapeaux.
L'épousée, tenant les bouts de son tablier dans ses
deux mains, étoit au milieu du cercle, et chaque femme se
présentoit devant elle pour danser. Les nations avoient leurs
danses particulières; la sienne se bornoit à un petit
mouvement de pied mesuré. Mais il lui falloit tenir tête
pendant toute la journée aux danseuses qui venoient la provoquer
: en se retirant, elles jettoient dans son tablier une pièce
d'argent. Quelques-unes murmuroient une espèce d'épitalame,
interrompu par les refrains du choeur; d'autres battoient des mains
en les approchant de leur visage; d'autres, se courbant et dansant
autour de la mariée, remuoient les hanches avec une agilité
surprenante, et il y en avoit qui, frappant deux calebasses l'une
contre l'autre, tournoient avec tant de rapidité sur elles-mêmes
qu'au bout de quelques minutes, elles étoient trempées
de sueur.
Des nègres à figure grotesque battoient sur des tambours
et faisoient des éclats de rire à la vue des attitudes
comiques des danseurs bouffons. Certains ballets représentoient
toutes les périodes de l'amour; mais ces tableaux effrontés
n'offroient qu'une volupté sans pudeur. La jeune épouse,
vêtue de blanc, la tête penchée, les yeux baissés
contre terre, agitoit doucement ses pieds, et sourioit à
peine aux agaceries de ses compagnes. La pluie vint finir le bal
et fit taire les tambours qui commençoient à nous
fatiguer l'oreille.
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BAMBOULA
in : Le
Colonial, n°109, mercredi 12 février 1918
cité dans Alex et Françoise
URI : Musique et Musiciens de la Guadeloupe, Ed. Con Brio,
1991 |
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| Le
promeneur attardé, qui le samedi soir se hasarde dans les
quartiers avoisinant le boulevard Chanzy, perçoit de toutes
parts, amplifié par l'écho, le bruit du tamtam.
Qu'il
suive la rue Frébault jusqu'au chemin de la Gabare, un
curieux spectacle l'y attend. Tandis que déjà sommeillent
les aristocratiques quartiers de la ville vers onze heures les
faubourgs revêtent leur complète animation. Tous
déversent leurs habitants vers un but unique comme en un
mystérieux rendez-vous.
Là,
devant les boutiques brillamment éclairées, encombrant
la chaussée, des cuisines en plein vent envoient aux narines
de chaudes senteurs "d'acras". Entre les groupes bruyants
circulent les marchands de pistaches, aux « pi..ouitts "
alléchants, tandis que dans les coins, les joueurs fanatiques
tentent la chance au "daze" ou au loto.
Le
populaire est en liesse ! L'approche d'une "fête chômée"
cause-t-elle cette animation ? - Non, c'est ce soir samedi et
il y a bamboula chez Joyeux.
Sur la gauche en effet, avec persistance résonne le bruit
voilé du tambour. Le va et vient indique clairement l'endroit.
Suivez un habitué de cette Cour des Miracles et bientôt
vous aurez vite franchi la seconde porte sur le morne Miquel.
Dès l'entrée, une foule compacte gêne la vue.
A grand peine on arrive au premier rang.
Dès l'abord, un spectacle étrange s'offre à
la vue. Dans une cour encaissée des spectateurs sont massés.
A l'un des bouts, trois tambours alignés avec leurs renforce-sons
constituent l'orchestre. C'est là que "Ti Papa",
le grand maître tamtam, officie. Les instruments des ailes,
(1) à des aides confiés, font le "chant",
celui du milieu, plus renflé, la peau de cabri barrée
d'une ligne d'épingle, "Lui" est exclusivement
réservé.
Quelques rares bougies clignotant sous la brise éclairent
les noirs visages en ombres chinoises.
Tandis
que les aides préludent le "grage", Ti Papa,
le chef couvert d'un bonnet rouge, enfourche son instrument. D'une
"paume" experte, il scande le rythme, renforçant
le son à grands coups de talons.
Une
danseuse approche. D'un pas léger, elle mime une histoire
d'amour. Les bras arrondis, souriante, elle minaude, fait des
grâces, semble quêter un baiser... soudain, les jupes
relevées, elle dédaigne l'objet de ses avances.
Tour à tour doucereuse et pudique l'enchanteresse provoque
ou se dérobe. Quand l'amant croit réaliser ses voeux,
une cabriole adroite l'en éloigne, exacerbant ses désirs.
Au
chant d'une complainte en vogue : "en bas la tè pa
tini plaisi" le rythme du tamtam s'accélère.
Telle
une bacchante ivre d'ardeur sacrée, la face grimaçante,
la danseuse s'est transformée. Ses narines frémissantes,
son sein tumultueux marquent son agitation. Ses yeux désorbités
expriment une passion bestiale. Fini le "grage classique"
! Les bras étendus en un appel désespéré,
ses pirouettes compliquées d'entrechats savants, sa danse
se fait lascive. Elle
va, elle vient, repart et son rêve prenant corps, entoure
jalousement de ses jupes étendues Ti Papa triomphant...
Un temps d'arrêt. Un litre d'alcool à la ronde circule,
puis la soif apaisée, la bamboula continue.
Au
grage délicat succède l'indécent "towmblack".
Sur un rythme plus lent, profondément marqué, un
homme cette fois, du cercle surgit, torse nu. D'abord immobile,
les pieds joints, il commence en une danse du ventre compliquée
de motifs où le talent de l'artiste se révèle,
tour à tour accroupi, détendu, il décrit
des contorsions inouïes. Tel un "homme caoutchouc",
les vertèbres en glissements réguliers qui gagnent
peu à peu les lombaires, s'entrechoquent. Les déhanchements
merveilleux suivent la musique. Bientôt, les yeux révulsés
d'une langueur comique, il s'avance planant, les bras étendus,
jusqu'au maître-tambour pour, en une série de tressauts
épigastriques, reculer et s'avancer encore. Coupés,
battus, écarts se succèdent rapides. Agiles, les
pieds s'enchevêtrent et se dénouent avec une prestesse
que l'oeil a peine à suivre. En une pirouette finale, avant
de toucher terre, du gros orteil droit il signe sa maîtrise
sur le sol durci.
Plus
d'une heure l'assistance admire ce virtuose, et quand exténué,
il cède la place, des vivats frénétiques
accompagnent le favori.
«
Bamboula, bamboula, délices du populaire, qu'ahuri, considère
l'étranger ! Il faut pour le comprendre remonter aux mystères
dont s'entoure ton origine dans la forêt africaine. Quels
que soient les hauts faits de tes « hommes médecine
»,
bamboula surannée, indigne de notre civilisation, tu dois
disparaître, tu as assez vécu ! ».
A.
MEROVIL
(1)
Instruments de côté
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