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INTRODUCTION
Un lambi sur un
fond sableux. © D. Grelon. |
Dans la région
Caraïbe, vit depuis très longtemps, plus longtemps que
l'arrivée des premiers hommes, un grand et beau coquillage
que tous les Caribéens connaissent et à qui ils ont
donné une quantité de noms différents. On l'appelle
Caracol rosa au Mexique, mais dans le Mexique préhispanique,
les Aztèques l'appelaient Teccizmama. On le connaît
sous le nom de Botuto au Venezuela, Cambombia au Panama, Cambute
au Costa Rica, Caracol gigante au Honduras, Caracol pala en Colombie,
Caracol au Nicaragua, Carrucho à Puerto Rico, Cobo à
Cuba. En Floride, aux Bahamas et dans tous les pays où on
parle anglais, on l'appelle Queen conch. En français, on
l'appelle Strombe géant mais, en Guadeloupe et en Martinique,
tout le monde le connaît sous le nom de Lambi, qui vient des
temps lointains où les petites Antilles étaient habitées
par des peuples indiens venus d'Amérique du Sud. On l'appelle
aussi Lambí à Haiti et à Saint Domingue. Tous
ces noms traditionnels, différents dans chaque pays, sont
des noms populaires ou noms vernaculaires.
Les biologistes l'appellent Strombus gigas;
c'est son nom scientifique, c'est à dire celui qui permet
de le reconnaître pour les biologistes du monde entier, quelle
que soit la langue qu'ils parlent.
Maintenant que nous connaissons sa multitude de
noms, pour simplifier, nous l'appellerons dans ce livre, soit par
son nom scientifique soit Lambi en Français, soit Caracol
rosa en Espagnol, soit Queen conch en Anglais.
Il a été très utilisé
depuis que les hommes ont colonisé les îles et les
pays de la région Caraïbe. Les peuples amérindiens
en faisaient des outils, des hameçons et aussi des œuvres
d'art; ils mangeaient sa chair probablement grillée sur les
plages où on retrouve des restes de coquilles qui portent
des traces de feu.
Plus tard, au temps de l'esclavage, il permettait
de communiquer de colline en colline pour annoncer les grands événements
de la vie; naissance, mariage, mort, mais aussi les révoltes.
Il annonçait l'arrivée des canots de pêche et
donnait le signal de la récolte des ignames. C'était
à la fois la radio, le téléphone et un instrument
de musique. Les plus belles coquilles décoraient les tombes
des pêcheurs. Les autres ont été utilisées
pour faire des digues et il reste encore des fours à chaux,
témoins de son utilisation industrielle. Il faisait partie
de la vie de tous les jours, des jours de fête et des jours
de deuil.
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Aujourd'hui, sa chair fait partie de la cuisine
traditionnelle dans beaucoup de pays de la Caraïbe. Sa coquille,
recouverte à l'intérieur de nacre rose, est vendue
aux touristes comme souvenir. Il retrouve sa place comme instrument
de musique et participe aux fêtes traditionnelles comme le
carnaval.
Si on cherche les recettes de cuisine à travers
la Caraïbe, il y en a encore bien plus. Dans les différents
pays, on le mange en ceviche, macéré dans le citron,
comme au Mexique, mais d'autres le préfèrent en brochettes;
on le mange aussi avec une sauce pimentée et du riz et pois
rouges. Aujourd'hui, en Guadeloupe, on fait même du boudin
de lambi et du poulet farci au lambi! Si on va plus au nord, aux
Bahamas, on mange du lambi en salade mais surtout des conch fritters
et une délicieuse soupe qui s'appelle conch chowder.
Savez-vous que les lambis font de très jolies
perles roses et que leur coquille est sculptée et très
utilisée en bijouterie aux Bahamas et dans certaines îles
de la Caraïbe? Malheureusement, au soleil, et même dans
l'ombre, avec le temps, la nacre perd aussi sa couleur rose!
Mais le malheur des lambis, est qu'ils sont tellement
appréciés pour leur coquille et pour leur chair, partout
dans la Caraïbe que les pêcheurs, les consommateurs et
les entrepreneurs ne sont pas convaincus que la mer ne pourra pas
toujours nous en fournir en plus grande quantité. Ils ont
oublié qu'il s'agit d'une ressource naturelle renouvelable
à condition de l'utiliser raisonnablement.
Dans certains pays, on consomme beaucoup plus de
lambis que les pêcheurs peuvent en récolter dans leurs
zones de pêche. Dans d'autres pays, les lambis sont surtout
pêchés pour être exportés vers les pays
consommateurs. Actuellement ce commerce international qui peut représenter
un bon revenu pour certains pays de la Caraïbe, est une source
d'enrichissement rapide pour les entrepreneurs de certains pays
de la Caraïbe, mais il peut aussi conduire au désastre
écologique que serait la disparition de cette ressource surexploitée
un peu partout, si on n'arrive pas à établir et à
respecter des règles de pêche durable.
Pour une exploitation durable, les captures doivent
être limitées à la capacité de régénération
de la ressource qui tient compte du rythme de reproduction et de
la vitesse de croissance de l'espèce exploitée.
Depuis plusieurs années, petit à petit,
les lambis sont devenus plus rares. Ils ont même disparu dans
certains endroits et on a fini par se demander “mais que faut-il
faire pour conserver cette ressource?”
Alors, on s'est retourné vers les biologistes
et on leur a demandé:
“Est ce qu'on pourrait élever les lambis
dans des fermes comme on élève des poulets“?
Et les biologistes ont répondu:
“Il faut d'abord bien connaître les
lambis, savoir comment ils vivent, ce qu'ils mangent, qui les mange,
comment ils se reproduisent, comment ils grandissent, jusqu'à
quel âge ils vivent? Et c'est seulement quand on aura répondu
à toutes ces questions qu'on pourra dire si oui ou non il
est possible de les élever dans des fermes marines“
Mais les biologistes ont pensé à deux autres pistes
de travail car l'aquaculture d'une nouvelle espèce n'est
pas simple à mettre au point et n'est pas forcément
l'unique solution aux problèmes d'exploitation durable des
ressources marines et du Lambi en particulier.
Les biologistes ont proposé d'autres voies
raisonnables pour maintenir cette ressource et son utilisation durable:
* a) Protéger les lambis dans des réserves
naturelles où ils existent encore. Ces réserves peuvent
être de différentes sortes; réserves de biosphères,
réserves régionales, parcs marins, dans lesquels tous
les animaux et toutes les plantes sont protégées;
on ne doit rien récolter, rien pêcher. Ce sont des
sanctuaires de reproduction.
* b) Mener une grande campagne d'éducation en particulier
pour expliquer aux enfants comment vivent les Lambis, quels sont
leurs problèmes, et l'importance d'établir une protection
pour le Lambi comme il est important de l'établir pour les
tortues et pour toutes les espèces que la surexploitation
met en danger.
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