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PRÉSERVATION
A la question
"alors que faire ?" On peut répondre en prenant
différentes mesures:
1. Arrêter
de pêcher les lambis.
2. Pêcher tous les lambis qu'on veut jusqu'à ce qu'il
n'y en ait plus du tout, et alors on ne pourra plus jamais, ni
en manger, ni en vendre.
3. Prendre encore des lambis, mais en en laissant assez pour qu'ils
se reproduisent, exactement comme on doit toujours garder des
vaches et un taureau si on veut avoir des veaux l'année
suivante.
Chaque pêcheur
n'aura pas pêché autant de lambis qu'il aurait voulu
mais il continuera à pêcher et après lui, ses
fils, ou d'autres jeunes pêcheurs pourront encore pêcher.
Et le lambi restera une source de nourriture et de travail pour
les habitants de la Caraïbe.
Beaucoup de
gens pensent que cette dernière solution est la meilleure
et la réglementation de la pêche doit permettre aux
lambis de se reproduire pour qu'on puisse continuer à pêcher.
Tous les pêcheurs
doivent savoir combien ils peuvent pêcher (respecter les quotas
de capture), comment ils peuvent pêcher (respecter les techniques
de pêche autorisées) et quand ils peuvent pêcher
(respecter les interdiction de pêche saisonnières)
et ne pas prendre tous les lambis qu'ils trouvent, n'importe où,
et n'importe quand.
Mais de plus
en plus de scientifiques et même de pêcheurs pensent
que la situation du lambi est tellement grave dans toute la Caraïbe,
que nous n'aurons bientôt plus d'autre solution que d'arrêter
complètement de pêcher pendant plusieurs années
avant qu'il soit trop tard pour que les populations de lambis puissent
se reconstituer.
Et comme chacun
ne peut pas décider tout seul comment utiliser un bien commun,
les scientifiques, les représentants des pêcheurs et
des autres usagers de la mer se sont mis d'accord avec les administrateurs
des affaires maritimes et de la pêche des différents
pays pour établir des règles que tout le monde devra
respecter.
Une fois qu'on
sait comment vivent et se reproduisent les lambis, il est plus facile
de comprendre pourquoi ont été prises les décisions
de réglementation, de les respecter et d'expliquer aux autres
pourquoi c'est l'intérêt de tout le monde d'essayer
de sauver les ressources de la mer et en particulier les lambis
qui constituent une piece fondamentale de la chaîne trophique
des écosystèmes de récifs coralliens et qui
représentent un patrimoine commun à tous les peuples
de la Caraïbe.
Aquaculture.
© D. Aldana Aranda. |
Certains pays
ont réussi à établir un plan de gestion de
la ressource en lambis; d'autres ne sont pas encore convaincus de
l'urgence de protéger les populations de lambis dans leurs
eaux pour en organiser l'exploitation durable. Dans ces pays, les
pêcheurs et autres usagers de la mer ont un accès non
contrôlé à cette ressource. D'autres encore
ont une réglementation de la pêche mais les pêcheurs
ne sont pas convaincus du fait que tous doivent respecter ces règles
pour maintenir une exploitation durable du Lambi. Enfin certains
pays ont une réglementation de la pêche tellement insuffisante
qu'elle permet en particulier la capture de juvéniles qui
ont un pavillon mince et qui n'ont donc pas eu le temps de se reproduire;
dans ce cas la réglementation est dangereuse puisqu'elle
ne tient pas compte de la réalité des connaissances
pour assurer la protection de façon efficace.
Il existe différents
moyens de protection, pour la ressource en lambis. Les différents
moyens de protection sont basés sur les études de
dynamique de population, sur la connaissance de la biologie de l'espèce
et sur les discussions et les accords entre usagers de la mer et
autorités de gestion de la pêche qui veillent à
l'application des règles pour la capture de cette ressource.
Et l'ensemble doit être porté à la connaissance
de tous par un programme de publicité et d'éducation
qui ne doit pas se limiter à l'information rapide des pêcheurs.
Nous pouvons
résumer ici les principales méthodes de gestion de
la ressource en Lambis mais différentes méthodes peuvent
être employées pour limiter l'effort de capture à
un niveau correct en fonction de l'état de la ressource et
de la capacité à faire respecter mieux une limitation
qu'une autre, dans chaque pays.
1. Espaces
protégés
Pour protéger
l'ensemble de l'environnement marin et les ressources marines, on
a délimité des zones de réserves naturelles
de biosphère et des réserves régionales: dans
ces réserves, tous les animaux et toutes les plantes sont
protégés. On ne peut pas y pêcher et on ne doit
rien récolter, ni les pierres, ni les coraux, les gorgones,
les mollusques, les crustacés, et autres organismes; ce sont
des sanctuaires pour la reproduction de tous les animaux et des
plantes qui y vivent.
Les réserves
doivent être bien surveillées. Ce sont aussi des lieux
privilégiés d'étude des espèces qui
y vivent sans agressions majeures. Les réserves peuvent permettre
des activités et des revenus autres que la pêche comme
les observations d'animaux et d'autres activités ecotouristiques.
2. Petit
Lambi deviendra grand: laisse le vivre !
En tout temps
et en tous lieux, il est interdit de récolter les jeunes
lambis dont la coquille n'a pas de pavillon. Cette règle
est vraiment très importante parce que ces lambis sont les
survivants de la grande disparition des jeunes qui sont soumis à
la prédation naturelle. Leurs chances d'arriver à
l'âge adulte sont très importantes si on laisse faire
la nature parce qu'à partir de la taille de 15 cm, ils ont
peu de prédateurs à part l'homme. Le problème
est que ces petits lambis vivent de préférence dans
les herbiers peu profonds et qu'ils peuvent être récoltés
par n'importe qui, même par des enfants.
3. Laisser
les lambis adultes s'accoupler et pondre
Pour garder
suffisamment de lambis adultes pour assurer la reproduction on doit
interdire la pêche pendant la principale saison de reproduction.
L'interdiction peut être de 4 à 8 mois en fonction
des conditions de milieu et de populations de chaque pays. Cette
réglementation est nécessaire et doit être appliquée
strictement pour protéger la période d'accouplement
et de ponte et éviter que les lambis de toute une région
disparaissent parce qu'ils se sont rassemblés pour s'accoupler.
4. Plongée
en apnée ou plongée en bouteille?
Dans de nombreux
pays, il est interdit de pêcher les lambis, et aussi les langoustes
et les poissons, en utilisant des bouteilles de plongée ou
des compresseurs qui permettent de respirer sous l'eau et donc d'aller
de plus en plus profond durant des temps de plus en plus longs pour
capturer des animaux qui n'ont aucune chance d'échapper.
Il est important que les adultes reproducteurs qui vivent au dessous
de 20 m ne soient pas pêchés.
De plus la pêche
avec des bouteilles de plongée met en danger la vie des pêcheurs
du fait que la plongée doit respecter des règles de
sécurité que les jeunes qui font la pêche illégale
des lambis ne connaissent pas. En braconnant le lambi, ils risquent
leur vie ou risquent de rester handicapés à cause
d'accidents de plongée.
Mais pour le
marché, ne comptent ni le respect des ressources renouvelables
ni la vie des hommes; seule compte la loi du marché et du
profit.
Les bouteilles
de plongée doivent servir à travailler sous l'eau,
elles doivent aussi servir à observer les animaux dans leur
milieu; pas à les chasser sans aucun respect des règles
d'exploitation durable.
Ce serait un
objectif important pour les conférences internationales d'obtenir
que l'interdiction de pêche avec équipement de plongée
soit adoptée par l'ensemble des pays de la Caraïbe.
5. Limiter
la pêche pour maintenir une production durable
Quand le suivi
d'une pêcherie montre que le nombre de lambis récoltés
par un bateau pendant le même temps de pêche diminue,
au cours des quelques mois d'ouverture, c'est un signal de surexploitation.
Il est urgent dans ce cas de limiter l'effort de pêche. Cette
limitation peut être différentes selon les pays: limitation
par bateau, par jour, nombre de jours de pêche autorisés
dans la semaine, le mois ou l'année, quotas de pêche
pour l'année, limitation du nombre de bateaux autorisés
à pratiquer cette pêche ou limitation du nombre de
mois de pêche dans l'année.
Il peut même
être nécessaire d'arrêter complètement
la pêche durant une période de récupération
ou de reconstitution du stock qui peut être de 4 ans ou plus.
Mais pour que
l'ensemble des règles de survie des populations de lambis
soient efficaces, il faut que tous les pays de la Caraïbe passent
de sérieux accords pour que les lambis pêchés
dans un pays ne puissent pas être vendus dans un autre.

Une première
étape devrait être pour tous les pays de la Caraïbe
le respect des règles de gestion les plus urgentes:
Tous
les pays sont encouragés à mettre en réserve
des zones naturelles et à s'engager à faire respecter
leurs zones de réserve naturelles qui sont la garantie pour
l'avenir non seulement des lambis mais de toutes les ressources
du milieu marin.
Tous
les pays devraient s'engager à respecter au moins :
a) La limite de taille et de poids à des niveaux corrects
pour protéger sérieusement les juvéniles et
ne pas permettre la pêche de lambis qui n'ont pas pondu pendant
au moins une saison.
b) Existence d'un pavillon assez épais pour ne pas être
cassé à la main et poids correspondant de chair lorsque
les animaux sont vendus sans coquille (4 lambis dans 1 kilo).
Ces deux
limites appliquées correctement sont les seuls moyens de
protéger les jeunes qui n'ont pas encore eu le temps de se
reproduire.
Tous
les pays devraient être encouragés à organiser
le suivi de leur pêcherie. Mais il est important pour tous
d'appliquer le principe de précaution qui veut qu'on décide
de mesures de protection sans attendre les résultats des
études. Il est plus facile de diminuer la protection que
de reconstituer ce qui a été détruit.
Tous
les pays doivent pouvoir respecter une limitation de production
en relation avec leurs zones de pêche.
Et il
faut aussi une grande concertation entre tous les pays et un grand
effort pour éliminer la pêche illégale qui est
une véritable piraterie du bien commun.
Cette
pêche pirate ne sera éliminée que par un effort
d'éducation pour que tout le monde comprenne que c'est à
la fois l'intérêt des pêcheurs et celui des consommateurs
et de tout le monde d'instituer une exploitation durable des ressources
de la mer. Mais il ne suffit pas d'établir des règles,
il faut aussi que tous les pays soient prêts à organiser
la surveillance de leurs ressources et de leurs réserves
naturelles et à punir sévèrement ceux qui ne
les respectent pas.
Tous
les pays doivent être encouragés à organiser
des programmes éducatifs sur le bon usage des ressources
de la mer et à prendre le lambi comme exemple d'une gestion
sage des ressources aussi bien pour les enfants que pour les pêcheurs
et pour les consommateurs.
Rendez-vous
dans quelques années, pour savoir si ces mesures ont permis
de reconstituer le stock de lambis. Il faut des millions de jeunes
lambis pour qu'il y ait des lambis adultes reproducteurs en quantité
suffisante si on veut laisser des ressources normales à nos
enfants et aux enfants de nos enfants. |